Vous cherchez une information ? Vous postez une photo sur Instagram ? Vous créez une playlist sur Spotify ? Entre vous et l’algorithmes la relation est fusionnelle, la routine bien huilée. Il vous connaît, vous oriente, vous conseille sur le prochain film à aller voir ou le dernier bouquin à acheter. Aujourd’hui, quasiment impossible d’y échapper. Pour le meilleur ou pour le pire ?

 

“Un algorithme fonctionne comme une suite d'ingrédients qu'il faut ajouter dans le bon ordre si on ne veut pas rater le plat “. Voilà comment le sociologue Dominique Cardon définit cet outil, en apparence aussi neutre et inoffensif qu’un cupcake. Pour autant, les algorithmes déchaînent les passions et attisent la curiosité autant qu’ils effraient. Sur la Toile, nos moindres faits et gestes sont traqués, récoltés, analysés. En effet, plus nous donnons, plus l’algorithme est efficace : c’est ce que l’on appelle le “machine learning”.

 

Vos recherches, vos likes et vos retweets donnent des informations qui lui permettent de s’éduquer. Ainsi, fini le spam, place au contenu pertinent qui personnalise toujours plus notre expérience digitale. Alors heureux ? Evidemment ! Nous avons tout à y gagner : gain de temps, moins d’agacement et moins d’ennui...

 

 

Subissons-nous les algorithmes?

 

Mais nous ne sommes pas les seuls à nous frotter les mains. “N’oublions pas que toutes ces plateformes qui nous rendent des services sont le gagne-pain de grandes entreprises du web à l’image de Google ou Facebook” rappelle Thierry Soulard, journaliste et administrateur du Club de la presse de Nantes-Atlantique. Mais malgré toutes les questions éthiques que cela peut poser, à nous satisfaire toujours plus, les géants du web y gagnent : ils nous fidélisent, agrègent toujours plus de données et optimisent ainsi leur modèle économique.

 

Cette stratégie peut poser quelques questions, notamment sur l’impact qu’elle peut avoir. A être toujours confrontés aux mêmes informations, aux mêmes propos, nous nous enfermons. C’est ce qu’a cherché à démontrer Thierry Soulard avec l’exposition interactive “Fenêtre sur les Mondes” accueillie par Audencia SciencesCom lors de la Nantes Digital Week. En s’installant derrière un écran, reflet d’un profil fictif, le visiteur s’immerge dans un monde numérique qui n’est pas le sien. De la jeune juive passionnée de lecture au partisan républicain un peu old school, tous les archétypes y passent. Le constat ? Ils n’ont pas le même internet. Peut alors se poser la question de la culpabilité des acteurs du numérique dans la spirale de la radicalisation chez les jeunes par exemple...

 

Si les algorithmes sont conçus pour repérer notre comportement, nous sommes en revanche bien incapables de comprendre leur fonctionnement. Fondement de nombre d’institutions, un algorithme est en général un secret bien gardé.  Et ce manque de transparence induit certaines questions : “Quelle légitimité ont-ils à nous guider, à nous donner des réponses  ? Quelle est la part de responsabilité de leur concepteur ?” s’interroge Julien Pierre, enseignant-Chercheur à Audencia SciencesCom.

 

Dédramatisons la situation

 

Mais ces traqueurs ne sont pas forcément “méchants”. Tout d’abord n’oublions pas que malgré tout, “ils ont quand même leur part d’aléatoire” poursuit-il. Les algorithmes peuvent donc nous égarer au risque de nous agacer ou... de nous surprendre. “Facebook, par exemple, compte environ 20 000 variables de calcul, induisant donc une certaine marge d’erreur”.

 

Julien Pierre : “Tout est question de disposition mentale, si vous êtes curieux,
l’algorithme ira dans votre sens, sinon...
il se contentera de vous montrer ce que vous voulez voir”

 

Les algorithmes, bien que très serviables, orientent plus qu’ils ne contraignent. Ils ont certes besoin de nos choix pour fonctionner mais ce ne sont pas eux qui déterminent réellement la suite des événements, telle une puissance supérieure. “Tout est question de disposition mentale, indique encore Julien Pierre. Si vous êtes curieux, l’algorithme ira dans votre sens, sinon... il se contentera de vous montrer ce que vous voulez voir”. Vous écoutez des artistes peu connus de la Nouvelle Scène française sur Spotify ? L’algorithme saura alors vous en dénicher qui vous étaient jusque là méconnus. Bravo, vous l’avez bien éduqué.

 

Remettons-nous en question!

 

Finalement, ne serions-nous pas notre propre geôlier ? A bien y réfléchir, ce n’est pas tant la plateforme que nous utilisons qui nous enferme mais ce que nous y faisons. Aujourd’hui, à l’ère du web affinitaire, nous sommes ciblés en fonction de notre appartenance à un groupe, nos centres d’intérêts et notre comportement. En naviguant, nous construisons notre “Graphsocial”, une sorte de carte d’identité de l’internaute qui, par son historique de recherches et (surtout) ses contacts, induit des recommandations.

 

Notre part de responsabilité n’est donc pas négligeable dans la manière dont nous consommons de l’information. Plus nous ouvrirons nos propres écoutilles, moins nous nous enfermerons dans un seul et même monde. En clair, nous sommes de réels acteurs de notre navigation...

 

Finalement, que ce soit avec les cupcakes ou les algorithmes, tout question de dosage. Plus nous en abusons, plus nous risquons l’indigestion.

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin : 

 

A propos de l'auteur :

Si vous les interrogiez, mes algorithmes vous diront que je suis passionnée de nouvelles technologies, bretonne pur beurre et résolument sociale (aussi bien autour d’un verrre que sur Twitter). “Si ça se trouve, on se parle mieux quand on n’a lu aucun bouquin de développement personnel.” Le journal de Bridget Jones.

a écrit 2 articles sur le blog Mediafactory.

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