Le 20 janvier, Donald J.Trump devenait le 45e président des Etats-Unis, succédant à Barack Obama. En apparence, rien ne les rapproche : l’un est Républicain, l’autre Démocrate; l’un blanc, l’autre noir. Et pourtant, tous les deux doivent leur élection au numérique et au big data.

En France aussi, année électorale oblige, les candidats de tous bords affûtent leur stratégie digitale pour remporter l’adhésion populaire. En imitant les techniques américaines ?

Les électeurs ont davantage tendance à voter pour un candidat et ce qu’il représente que pour son programme à proprement parler. L’élection de Donald Trump en est d’ailleurs une preuve : beaucoup de promesses ont été faites lors de sa campagne (le mur entre les USA et le Mexique, la suppression de l’Obamacare,...) mais il reste à démontrer qu’elles pourront réellement être mises en place.

Objectif des politiques : rallier l’électeur potentiel à leur cause en lui proposant les idées qui lui apporteront le plus de satisfaction. Encore faut-il connaître ses attentes, son profil et ses besoins afin d’adapter son discours et ses thèmes de campagnes. Les données sont alors le nerf de la guerre, du fichier des partisans jusqu’à l’enquête d’opinion.

Le Big Data, nerf de la guerre

Lors des élections de 2008 aux Etats-Unis, Obama s’est illustré comme le pionnier d’une stratégie de communication basée sur les nouveaux médias. Il a su judicieusement cibler son audience puis alimenter son storytelling au travers de différents médias, notamment les réseaux sociaux, personnalisant toujours plus son discours et sa relation avec les électeurs.

Aujourd’hui, cette stratégie s’exporte outre Atlantique. Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle, compte bien appliquer cette pratique. Il s’est offert les services de Proxem, startup dont l’activité, basée sur des algorithmes, est de “transformer les conversations en données”. Grâce au porte à porte auquel les militants du mouvement “En Marche!”  s’adonnent depuis le lancement de sa campagne, le candidat a pu récolter une somme conséquente de données (100 000 conversations, 25 000 questionnaires complets) qui sont par la suite traitées. Cette analyse sémantique fait ressortir au grand jour les préoccupations des électeurs, et permet alors au candidat d’ajuster ses thèmes de campagne mais aussi ses verbatims afin de rendre son discours plus intelligible.

Emmanuel Macron n’est pas le seul à miser sur les algorithmes pour s’emparer de la victoire. Après l’utilisation du logiciel “Nation Builder” par Alain Juppé et Arnaud Montebourg dans le sillage de Barack Obama, ce fut au tour de l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy de créer une application nommée “Knockin”. Elle a pour objectif d’aider les partisans de droite lors du porte à porte. Le hic ? La récolte des données, massive et très qualifiée. Un simple like sur un poste du candidat ou un retweet des Républicains et l’algorithme s’emballe : il fait de vous un électeur potentiel dont il faut tout connaître afin de déterminer si il faut dépêcher des militants à votre porte pour finir de vous convaincre. L’application s’empare de vos données en ligne, jusqu’à votre géolocalisation, et dresse ainsi un portrait précis facilitant par la suite le ciblage. La Commission nationale informatique et libertés (CNIL) a d’ailleurs lancé une enquête pour déterminer la légalité d’une telle application.

> Si la récolte de données n’est pas un fait nouveau en politique, la façon dont elle s’opère a beaucoup changé et son traitement est largement conduit par des algorithmes.

Les algorithmes, un danger pour la démocratie ?

Avec les algorithmes de recommandations, notre capacité à choisir délibérément est aujourd’hui devenue un enjeu à l’heure où les choses sont orientées, suggérées.

C’est ce que cherche à démontrer l’enquête consacrée à “L’effet de manipulation des moteurs de recherche”, menée en 2015 par des chercheurs américains. Après avoir étudiés près de 4 500 cas, ils ont découvert que la suggestion Google avait influencé entre 20% et 60% des indécis. Quelle est alors la légitimité du moteur de recherche à orienter le vote d’un électeur ?

Cette même question se pose sur les réseaux sociaux. Aux USA, deux tiers des Américains n’ont pas conscience que ce qu’ils croisent sur les feednews est le résultat d’un tri effectué au préalable. Avec près de 9% des Français qui admettent que les réseaux sociaux sont leur principale source d’information, la problématique est également belle est bien présente dans l’Hexagone. Cette problématique de la Bubble filter (Bulle informationnelle) prend tout son sens à l’heure des élections. Nous croisons quotidiennement du contenu qui nous est mis à disposition suite à notre navigation ou nos interactions avec nos amis : Facebook nous conforte dans notre zone de confort, nous nous “enfermons” un peu plus dans notre monde.

Des plateformes responsables ?

La responsabilité des plateformes est elle aussi pleinement engagée. Facebook met par exemple en place plusieurs actions lors des jours de vote. Des publications visant à rappeler à l’utilisateur d’aller voter (couplées avec une fonction géolocalisée pour indiquer le bureau de vote le plus proche) sont proposées, tout comme un bouton J’ai voté pour faire part de son acte citoyen (et induire une certaine pression sociale pour ce qui n’y sont pas allés). Selon Facebook, l’instauration de ce bouton aurait rapporté 340 000 bulletins supplémentaires dans les urnes aux Etats-Unis en 2010.

Avec près de 20 millions d’utilisateurs quotidiens en France, l’impact d’une telle technologie pourrait être notable lors des élections de 2017... Il ne faudrait pas non plus oublier que ces plateformes sont gérées par des personnes dont les intentions ne sont pas exclusivement économiques. Le patron de Facebook, Marc Zuckerberg, n’a-t-il pas décidé d’aller à la rencontre des Américains, Etat par Etat, cette année 2017 ?

A propos de l'auteur :

Si vous les interrogiez, mes algorithmes vous diront que je suis passionnée de nouvelles technologies, bretonne pur beurre et résolument sociale (aussi bien autour d’un verrre que sur Twitter). “Si ça se trouve, on se parle mieux quand on n’a lu aucun bouquin de développement personnel.” Le journal de Bridget Jones.

a écrit 2 articles sur le blog Mediafactory.

Comments

0