A peine élu, le président Emmanuel Macron a suscité une bronca des médias qui dénoncent, à raison, sa volonté de sélectionner les journalistes présents dans ses déplacements. On peut s’opposer farouchement à ce verrouillage de communication tout en s’interrogeant sur les pratiques journalistiques en vigueur dans certaines rédactions…

L’Elysée veut choisir les journalistes qui suivront les déplacements du président. Ne seront « autorisés » à suivre Emmanuel Macron que ceux qui sont spécialisés sur le thème de la visite (économie, éducation, culture). Justification avancée par le porte-parole du gouvernement : « La présence de 50 journalistes, d’une dizaine de caméras, nuit un peu au dialogue direct et à l’échange que peut avoir le président de la République avec les Français ».

Ainsi donc, Emmanuel Macron veut dicter sa conduite aux rédactions, mettant à mal la si précieuse liberté de la presse, qui fait partie des piliers de notre démocratie. On comprend donc aisément pourquoi une vingtaine de sociétés de journalistes et des directeurs de rédaction ont immédiatement adressé une lettre ouverte au nouveau locataire de l’Elysée.

 

Qui veut entrer dans « la meute » ?

 

Pour autant, cette polémique peut être l’occasion de s’interroger sur la façon dont les médias (notamment les télévisions et les radios), traitent des sujets politiques. Glaner une réaction, de préférence une « petite phrase » à la sortie d’un conseil des ministres, en se marchant les uns sur les autres pour capter la meilleure image ou le meilleur son, apporte-t-il une réelle valeur ajoutée au citoyen ? Suivre le déplacement d’un ministre pour lui demander de réagir à chaud sur l’actualité sans considération pour la thématique abordée permet-il d’éclairer l’auditeur sur la politique gouvernementale en vigueur ?

 

Entre journalistes, on appelle cette nuée de caméras et de micros « la meute ». Ne serait-il pas plus utile de déployer les forces vives d’une rédaction (de moins en moins nombreuses) pour des reportages ou des enquêtes plus approfondies sur ce qui fait l’actualité ? De financer l’embauche de nouveaux profils pour développer le « data-journalisme » ? Le citoyen serait-il moins bien informé si l’on offrait aux journalistes le temps – et les moyens - de travailler ?

 

Une autre voie pour l’info

 

Lassés par l’écume de l’info et soucieux de revenir aux fondamentaux du métier, des journalistes (souvent jeunes) tracent une autre voie. Ce sont des pure-players comme L’Imprévu, qui ont la bonne idée de revenir sur une actualité oubliée (le scandale des prothèses PIP, la fin du monde annoncée le 21 décembre 2012, les JO de 1992…). Mais aussi Le Quatre heures, qui propose carrément de « déguster », une fois par mois, un long récit multimédia sur un sujet de société. Ou encore Les Jours, qui découpe l’actualité en épisodes pour mieux s’immerger dans l’actualité.

 

L’univers de la télévision n’est pas en reste, avec l’aventure des anciens d’I-télé, qui ont fondé Explicite sur les médias sociaux pour prendre le contre-pied des chaînes d’information continue. Leur pari éditorial : proposer des analyses d’experts, aller au-devant des Français en leur donnant la parole, proposer des angles décalés comme ce reportage sur les SDF aux pieds des tours de la Défense, qui en dit long sur les fractures de notre société.

 

Faire un pas de côté

Ces nouveaux médias n’ont pas tous conforté leur modèle économique. A l’exception notable des Jours, qui fêtent, en à peine un an d’existence, leur 8 000ème abonné. Un modèle basé sur l’offre (et donc les abonnements des lecteurs), validé avec succès par Médiapart. C’est aussi le pari de Médiacités, média d’investigation lancé dans plusieurs grandes villes de France, qui souhaite redonner toute sa place à l’enquête et au décryptage journalistiques.

 

Plus fragiles que les médias traditionnels, ces nouveaux acteurs ont le mérite de proposer un pas de côté face aux affres de l’immédiateté. Et si de plus en plus de rédactions empruntaient ce chemin vers un autre journalisme ? Comme le fait déjà, sans bruit, la presse écrite traditionnelle ou la presse spécialisée, refusant de se joindre à « la meute ». Exercice moins clinquant, peut-être. Plus exigeant, sans doute. Mais tellement plus utile au débat démocratique…

 

Par Florence Pagneux, journaliste et présidente du Club de la presse Nantes Atlantique

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