Plus abstentionnistes mais aussi plus protestataires que leurs aînés, les jeunes ont un rapport ambivalent à la politique. En revanche, ils sont toujours plus accros aux jeux vidéos. Et si l’utilisation de cet outil permettait d’intéresser davantage les jeunes à la politique? En cette année présidentielle, de plus en plus de médias s’essayent à la conception de jeux vidéos imprégnés par l’univers politique.

De la politique dans les jeux vidéo ? Mais quelle idée, diraient nos parents. Et pourquoi pas ? Aujourd’hui, de nombreux jeux ont basé leur gameplay ( i.e. l’histoire et la manière de jouer) sur la gestion politique et urbaine de territoires imaginaires. Dans Age of Empire, Civilization, Total War... le joueur doit prendre le contrôle d’une entité (comme la France, la ville de Paris, etc), se battre contre les autres et les détruire pour gagner la partie. Le joueur doit faire attention à son budget, au système dans lequel il vit (démocratie, oligarchie, autocratie...), à ses attributs, son territoire, les plaintes de sa population... Tous les facteurs, voire presque, qui façonnent la vie politique d’hier et d’aujourd’hui.

Le but n’est pas tant de détruire
ses adversaires politiques (même si on peut le faire) 

Un jeu en particulier retient notre attention, Démocratie. Dans celui-ci, le joueur incarne l’Etat et le parti qu’il souhaite. Le but n’est pas tant de détruire ses adversaires politiques (même si on peut le faire) que de garder le pouvoir le plus longtemps possible. Explications : si vous choisissez d’incarner l’Etat français et le parti écologique, la population sera beaucoup plus vigilante sur la façon dont vous allez mettre en oeuvre la taxation sur les autoroutes ou le développement du transport public. Mais attention, choisir un système complètement écologique vous attirera les foudres du parti libéral....

Dans tous ces jeux, la fiction rejoint la réalité. En effet, les développeurs s’appuient sur des événements clefs et historiques de chaque nation pour construire leurs contenus. Ce ne sont certes pas des livres d’histoire, mais ces jeux ont le mérite de s’appuyer sur le réel pour mieux le comprendre.

L’expérience de MediaJam

Les éditeurs de jeux vidéo ne sont pas les seuls à s’intéresser aux sujets politiques. En cette année chargée en rendez-vous électoraux, des médias s’allient à des spécialistes du secteur pour élaborer de nouveaux contenus interactifs. C’était l’objectif du pure player Médiapart, qui pendant le week-end du 7, 8 et 9 octobre 2016, a regroupé dans ses locaux journalistes spécialistes des questions politiques et game designers autour du projet “MediaJam”.

Tenter de rendre la politique accessible
via le jeu vidéo.

L’importance du vote, les différentes méthodes d’élection, les problématiques liées au financement... Au total, huit équipes ont planché sur huit thèmes différents pour tenter de rendre la politique accessible via le jeu vidéo. Utilisant la plateforme de retransmission en direct Twitch, les membres de chaque groupe ont pu prendre la parole et expliquer leurs choix tout au long du week-end.

Pour Mathilde Mathieu, journaliste spécialisée dans le financement des partis politiques, il était par exemple important de montrer que les élections sont le résultat d’un très long processus, encadré par des lois et la constitution française, alors que de nombreux jeunes n’ont aucune idée de l’étendue de ces contraintes. La game-designer Sabrina Kasser, s’est quant à elle penchée sur la notion de démocratie participative et la question du tirage au sort (modèle cher aux Grecs pendant l’Antiquité), en montrant que cet outil survit aujourd’hui à travers le tirage au sort des jurés d’assises. Elle a aussi insisté sur les notions de bienveillance et de prise en compte des intérêts individuels comme collectifs dans l’élaboration du jeu.

Mieux informer les jeunes

Les chercheurs aussi s’intéressent au lien entre politique et jeu vidéo. A l’image de Pierre-Yves Hurel, assistant au Département des Arts et Sciences et de la Communication à l’université de Liège (Belgique). Dans sa thèse sur le jeu vidéo amateur, où il a réalisé une étude ethnographique de communautés de joueurs en ligne, il montre comment la politique peut être introduite dans le jeu vidéo afin de favoriser le débat, l’argumentation et certaines prises de position.

Un moyen d’unir
politique, jeux vidéo et débat, mais surtout,
de permettre aux jeunes de s’informer

Au sein du laboratoire d’études « Game Lab », le doctorant recherche un moyen d’unir politique, jeux vidéo et débat, mais surtout, de permettre aux jeunes de s’informer. Il s’est notamment inspiré du mouvement Nuit debout pour répondre à cette problématique. Ces rassemblements spontanés sur la place publique, nés dans le cadre du mouvement de grève contre la loi travail, ont en effet essayé d’introduire, dans le débat de société, une part de démocratie directe.

Un jeu qui abolit les frontières

Le chercheur cherche ainsi à reproduire, dans le jeu vidéo, les mêmes techniques de prise de parole et de débats que l’on pouvait trouver sur la place de la République à Paris. Par le biais du jeu, Pierre-Yves Hurel annule les frontières géographiques, culturelles, mais surtout détruit les barrières entre les adultes et les jeunes.

 Industrie qui représente près de
3 milliards d’euros
de chiffre d’affaires

En effet, ces derniers vont pouvoir jouer sur cette plateforme libre pour tous, s’inspirer des idées de chacun, émettre des propositions qui leur tiennent à cœur et surtout, s’exposer et proposer des idées à caractère politique. Pour l’heure, son jeu est encore en cours de développement.

Si les jeux vidéo s’intéressent de plus en plus à la politique, l’inverse est vrai aussi. Les responsables publics s’intéressent de plus en plus au numérique et à l’univers des jeux vidéos - en témoigne le récent appel de la secrétaire d’Etat Axelle Le Maire à développer cette industrie qui représente près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon les derniers chiffres du syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (S ELL ).

 

A propos de l'auteur :

Étudiant novateur, toujours à l’heure ou à peu près. “Et patati et patata, toute la journée ça n'arrête pas !” Cendrillon.

a écrit 2 articles sur le blog Mediafactory.

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