Après le choc de l’attentat contre Charlie Hebdo, le ministère de la Culture a décidé de mettre en place des résidences de journalistes aux quatre coins de la France. Objectif : immerger un ou plusieurs journalistes dans un territoire pour tisser du lien avec les habitants et familiariser les jeunes à l’univers des médias. A Nantes, le magazine associatif Fragil est l’un des premiers à avoir tenté l’expérience.

Durant six mois, la dessinatrice de presse tunisienne Fatma Ben Hamad a posé ses valises à Nantes, au sein de la rédaction du magazine Fragil. Elle est l’une des premières journalistes à avoir été accueillie en résidence dans la région des Pays de la Loire. Ce dispositif, qui consiste à accueillir un professionnel des médias sur un territoire bien défini pendant plusieurs mois, prend modèle sur celui des artistes en résidence. 

C’est en 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo, que le ministère de la Culture a lancé ce projet expérimental. Objectif : confier à un journaliste en immersion des actions d’éducation aux médias et au numérique en impliquant le plus grand nombre possible d’habitants du territoire, notamment les enfants et les jeunes. Des appels à projets ont donc été lancés à destination des professionnels des médias (seuls ou en collectif) sur plusieurs territoires volontaires (nord de la France, région parisienne, Marseille, Dunkerque, Val de Marne).

Education aux médias 

En janvier 2016, le magazine associatif Fragil a été l'un des premiers à répondre à un appel à projets de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire. Ce webzine citoyen spécialisé dans les sujets "culture" et "société" s'intéresse depuis quatre ans à l’éducation aux médias et aux pratiques numériques. 

« Nous avons l’habitude d’initier les jeunes à écrire un article, prendre des photos, développer leurs connaissances des réseaux sociaux ou encore des jeux vidéos », explique Pierre Adrien Roux, chargé de projets médiatiques et numériques chez Fragil. Le projet de journaliste en résidence, pour lequel ils ont reçu une enveloppe de 6 000 euros, leur parlait donc au premier chef.

Dessin de presse 

Cette équipe a décidé d’accueillir un journaliste étranger pour mieux ouvrir les horizons du magazine. Leur choix s’est donc porté sur la journaliste Fatma Ben Hamad, dessinatrice de presse tunisienne de 22 ans : « C’était le profil parfait pour faire suite aux attentats de Charlie Hebdo », poursuit Pierre-Adrien Roux. 

 

Sa mission était double : produire des croquis pour le magazine et animer des ateliers sur le dessin de presse dans des établissements scolaires. Elle a aussi été invitée à présenter son regard sur les médias associatifs nantais pour en faire une publication web, qui est encore en cours de réalisation.

"Case-bulle"

Pour Pierre Adrien Roux, cette résidence a apporté une réelle valeur ajoutée au journal, qui ne publiait pratiquement jamais de dessins de presse. « Fatma a animé une chronique « Case-bulle » qui consistait à donner son regard de tunisienne sur l’actualité française, précise-t-il. Arrivée pendant les manifestations contre la Loi travail à Nantes, elle a été très surprise par le climat social français… ». 

Son travail a été salué par tous ses interlocuteurs, de l'équipe du magazine aux jeunes rencontrés. "Ils ont tous apprécié son talent, poursuit le chargé de projets. Son travail avec les jeunes lors des ateliers permettaient de remettre en perspective le dessin de presse, leur en expliquer l’histoire et l’origine. C’est un format qui permet d’être beaucoup plus libre..."

"Moment clé" 

Si l'expérience a été concluante, tout n'a pas été simple pour autant. « Des choses ont bien fonctionné car Fatma Ben Hamad a beaucoup de talent et est entreprenante, constate Pierre Adrien Roux. Cela n'a simplement pas toujours été facile en terme d’organisation ». Le magazine, qui considère cette expérience comme un "moment clé" de son histoire, se dit prêt à retenter l'expérience avec un journaliste étranger plus âgé. 

Dans cette même région, deux prochaines résidences de journalistes débuteront début 2017 dans la commune d’Allonnes (Sarthe) et au sein de la communauté de communes d’Erdre et Gèvre (Loire-Atlantique). Elles seront évaluées et élargies à d’autres territoires l’année suivante.

 

Carole Rocha

A propos de l'auteur :

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