Deux chercheuses de l’Université Catholique de l’Ouest (UCO) ont mené une étude sur la manière dont la presse quotidienne régionale (PQR) décline sa présence en ligne de différentes manières et s’empare des réseaux sociaux pour accroître son audience. Leur sujet de recherche ? Ouest France, premier quotidien régional.

Le constat est connu : la presse quotidienne régionale doit faire face à l’usage de plus en plus massif des réseaux sociaux. Une étude du Pew Research Center datant de 2017 indique qu’en France, 45 % des adultes s’informent par ce biais. Facebook est le réseau social le plus souvent utilisé pour s’informer. Les jeunes (de 18 à 29 ans) sont plus susceptibles de s’informer au quotidien par ces réseaux que les personnes de 50 ans ou plus (69 % contre 17 %). Beaucoup d’entre eux apprécient y lire des intitulés d’articles pour s’informer d’une façon rapide.

Dans ce contexte, quelles sont les pratiques du quotidien régional Ouest France, le plus vendu sur le territoire Français? Les chercheuses Sandra Mellot et Anaïs Theviot, spécialisées dans les mutations numériques à l’Université Catholique de l’Ouest (UCO), ont publié en 2019 une étude sur le positionnement stratégique du journal dans la diffusion de ses contenus en ligne. Celui-ci vise plusieurs objectifs : produire du contenu de qualité, mais aussi proposer une stratégie efficace pour le diffuser au mieux en cherchant à accroître son lectorat et donc à toucher une diversité de publics.

 

Décliner sa marque sur la Toile

Pour mettre en oeuvre cette stratégie, Ouest France mise sur la déclinaison de sa présence dans des espaces éditoriaux différenciés pour se donner différentes images, observent les chercheuses. Cette déclinaison de son identité est alors censée répondre à la diversité du public. Le journal mise également sur une « logique de l’immédiateté » pour affirmer sa présence singulière sur les médias sociaux. Cette stratégie de mettre très rapidement l’information en ligne a également pour objectif de susciter l’action de s’abonner et maintenir le lecteur sur le site. L’analyse des publications en ligne du Ouest France montre une grande présence d’accroches visuelles et textuelles qui évoluent au rythme de l’actualité et l’utilisation fréquente du vocabulaire « en ce moment », «en continu » pour rendre ludiques les publications et susciter la curiosité du lecteur. Ouest France cultive également une image de proximité avec le lecteur sur internet. Les blogs de la rédaction permettent de personnifier la relation du lecteur avec les journalistes du quotidien : portrait photo, présentation de ses missions, possibilité de le contacter ou de le suivre sur son compte Twitter.

Cibler des publics différenciés

Pour mieux cibler des publics différents, Ouest France opère un changement de point de de vue comme de modalités d’écriture sur chacun de ses sites web (Ouest France, L’édition du soir, Maville, etc…). Ce qui crée selon les chercheuses « différents ancrages culturels de l’information ». Dans un entretien publié dans l’étude, le rédacteur en chef du journal explique : « le journaliste doit être capable de transmettre son information sur tous les supports. C’est le journalisme en général qui est en train de devenir multimédia, multisupport, et c’est une évolution qui est intéressante parce qu’à chaque fois qu’il y a un nouveau support, il y a un nouveau public. C’est le nombre de lecteurs qui augmente à chaque fois ».

Sur les réseaux sociaux

Alors que 31 millions de personnes possèdent un compte Facebook en France et que près de 7 millions sont sur Twitter, le format de certains articles s’adapte aux possibilités de partage sur ces réseaux. En effet, ces dispositifs étant devenus des portes d’entrée vers les plateformes médiatiques, les journalistes « vont chercher leurs lecteurs en publiant eux-mêmes leurs articles sur les comptes Facebook et Twitter du journal, voire sur leurs comptes personnels », constatent les chercheuses. Comme le raconte un journaliste interrogé dans l’étude, « si on est présent sur les réseaux sociaux, c’est aussi une façon de capter un lectorat, notamment chez les jeunes qu’on n’a pas par voie classique. Le kiosque, les affichettes dans la rue ce n’est pas des choses qui vont les faire entrer dans la maison de la presse pour acheter le journal, on va en revanche les attirer via Twitter, via Facebook. Voilà, et c’est aussi faire le buzz, participer à l’audience, au clic et c’est une façon d’avoir de nouveaux budgets publicitaires sur le web ». Les réseaux sociaux apparaissent aussi comme des outils pour aller chercher des sources d’information et participent à l’enquête du journaliste. Ainsi, les comptes Twitter des personnalités qui font l’objet d’un article sont abondamment cités, observe l’étude.

Snapchat, Instagram?

La présence de Ouest-France sur Facebook est enfin appréhendée par les journalistes du quotidien comme une nécessité pour lutter contre la multiplication des fausses informations. Autrement dit, il faut que les médias traditionnels (« les journaux sérieux ») occupent l’espace du réseau pour en laisser moins aux sources non professionnelles qui peuvent être à l’origine de la circulation d’informations non vérifiées. Reste que le développement numérique de Ouest-France n’apparaît « pas totalement abouti » concernant les réseaux sociaux les plus prisés des jeunes, relèvent les chercheuses. En novembre 2017, le directeur départemental de Loire-Atlantique chez Ouest-France leur confiait : « Qu’est-ce qu’on fait par exemple sur Snapchat et Instagram aujourd’hui, alors qu’il y a énormément de collégiens qui s’y trouvent ? On ne fait rien, c’est un choix qu’on pourrait aussi développer, mais on ne le fait pas pour l’instant. En pratique numérique, on voit bien qu’il faudrait presque être partout …».

A propos de l'auteur :

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