Un jour, un buzz médiatique. Avec l’explosion des flux numériques d’information, les médias survivent grâce à la production de contenus toujours plus séduisants. Dans ce brouillard médiatique où capter un public de plus en plus connecté est devenu un vrai défi, le « slow-journalisme » veut mettre en lumière des sujets plus profonds. Et proposer aux lecteurs un autre rapport au temps.

Lundi matin. A peine es-tu réveillé que la douce mélodie de ton smartphone te sort brutalement de ta torpeur. « Incendie à Rouen », t’annonce sans émotion ce dernier. Sorti de ta douche, tu apprends subitement un évènement tragique concernant l’une des personnalités politiques qui a marqué ta jeunesse. Tu peux ainsi lire « Jacques Chirac est mort » sur les « stories » de ton réseau social préféré.

Mais à peine as-tu fini de lire les courts textes explicatifs qui te sont présentés que vite, il est l’heure de prendre ton bus, d’aller en cours, de faire tes devoirs et de dormir. Bref, tu manques de temps pour apprécier ta lecture à sa juste valeur. La majorité des médias le savent, c’est pour cela qu’aujourd’hui, beaucoup de journalistes traitent l’information « à chaud » autrement dit, brièvement.

En opposition à la publication de ces « fast-news », le slow-journalisme, ou « le journalisme qui prend son temps », tente de trouver un public soucieux de ralentir son rapport à l’information et de savourer de longs récits. Une presse sans pression défendue par des médias comme la revue XXI, le site Les jours ou plus récemment le magazine Big Time.

Un collectif de « slow » journalistes

C’est aussi la vocation du collectif Focus, une toute jeune « coopérative » de 11 journalistes et documentaristes. Indépendants et passionnés, ils revendiquent la production de contenus journalistiques riches et variés dans des formats longs et élaborés (photo, vidéo, podcast, texte…).

                                                         Site internet du collectif FOCUS

Pierre, photojournaliste et Lena, journaliste, font partie de ce collectif. Ils sont tous les deux indépendants par choix, ce qui leur permet de gérer leurs propres horaires, de se spécialiser sur des thématiques qu’ils apprécient ou encore de s’engager sur plusieurs projets en même temps.

Pour eux, Focus représente une vitrine professionnelle de leurs travaux, mais aussi une manière de partager un réseau, coopérer sur la production de contenu ou encore financer collectivement leur lieu de travail. « Le journalisme est un monde où on est souvent amenés à travailler seuls et se regrouper ainsi donne une dynamique de groupe et d’entraide qui nous fait du bien, c’est motivant », nous confie Pierre, juste après avoir mentionné que pouvoir se payer des bureaux en tant que journaliste indépendant avait été un vrai luxe pour le collectif.

Répondre à la crise de confiance

Pour ces deux reporters, il y a urgence à créer un autre rapport à l’information. « Je trouve qu’il y a une certaine ambigüité : d’un côté on critique le monde médiatique car il agit sous le buzz, mais d’un autre côté on est attiré par le buzz. C’est une ambigüité qui n’est pas neuve et qui est dû à l’augmentation constante des flux d’informations » évoque Léna.

A bien des égards, cette « infobésité » nous a prouvé qu’elle n’était pas dénuée de vices. En tête de liste, l’annonce erronée de l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès a une fois de plus écorné la confiance des Français vis-à-vis des médias, déjà bien basse (En 2019, un Français sur trois ne fait plus confiance aux médias traditionnels pour s’informer selon Ipsos).

 

Mais cette défiance vis-à-vis des médias traditionnels pourrait favoriser l’essor d’un autre journalisme, moins soumis à la pression de l’urgence. « Chez la presse française, il y a une sorte de surenchère entre les médias, la course à l’information, et c’est un monde où on est seul, fait observer Pierre. Moi je rêve qu’un jour, au lieu qu’une information fasse la une des journaux, que celle-ci soit faite deux jours plus tard, mais avec un vrai travail qualitatif derrière».

Dans le sillage d’Albert Londres

Or, produire un article de qualité, élaboré, recherché pour informer un public qui exige toujours plus de rapidité s’avère être un vrai défi. Pour Pierre, la meilleure solution reste la collaboration. « Pendant l’affaire Benalla il y a un an, j’ai vu que la presse française commençait à travailler ensemble et c’est super ! Je suis persuadé que faire des co-productions entre médias permettrait à beaucoup de ne plus travailler seul, et c’est en travaillant ensemble qu’on produit du beau contenu. »

Loin d’eux l’idée de s’engouffrer dans un phénomène de mode. « Le slow-journalisme n’est pas une tendance émergente, avertit Léna. On est nombreux à s’intéresser à ce format puisque c’est celui qui fait rêver et qui stimule tout journaliste ». Pour preuve, les meilleurs reportages récompensés par le prix Albert Londres, pionnier du genre, sont tous l’aboutissement de longs mois d’enquête.

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