Après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, le ministère de la Culture a voulu expérimenter des résidences de journalistes sur le territoire. Objectifs : faire de l’éducation aux médias et au numérique. En France, plusieurs résidences sont en cours ou à venir, organisées par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC).

 

Dans les Pays-de-la-Loire, deux résidences se sont tenues entre février et juin 2017. L’une à Allonnes (Sarthe) et la seconde dans la communauté de communes d’Erdre et Gesvres (Loire-Atlantique). Celle-ci étant financée à hauteur de 18 000 euros.

 

Le journaliste Thibault Dumas fait partie du trio installé dans le territoire d’Erdre et Gesvres. Il nous raconte son expérience au plus près des habitants.

 

Quel est votre parcours professionnel ? 

Je suis journaliste depuis 7 ans, après avoir fait des études de droit. Comme j’étais curieux et que j’aimais bien écrire, j’ai cherché un stage dans le domaine. Je me suis alors retrouvé dans le magazine Marianne à Paris. Je suis ensuite parti à Nantes en 2010 où j’ai travaillé durant 4 ans dans une radio locale dédiée à l’actualité européenne (Euradionantes). Aujourd’hui je suis pigiste pour plusieurs magazines de presse écrite (Le Figaro Magazine, L’Express, Les autres possibles, etc).

 

Comment avez-vous connu cet appel à projets et pourquoi avoir candidaté ?

C’est par l’intermédiaire du Club de Presse de Nantes que j’ai en entendu parler. J’ai alors assisté à une rencontre entre la DRAC des Pays de la Loire et les journalistes nantais destinée à la présentation du projet. Au départ, je ne souhaitais pas y participer car j’avais peur que cela prenne trop de temps comparé à mes collaborations en cours.

Pour autant, j’avais déjà fait de l’éducation aux médias avec l’association Casa Africa dans un lycée - j’animais des ateliers de journalisme et de Slam – et j’aimais beaucoup ça. Du coup, on a eu l’idée, avec deux autres journalistes (Mathilde Chevré et David Prochasson), de proposer un projet de résidence à 3 pour que personne n’abandonne son travail. Et nous avons finalement été retenus.

Quelles actions ont été mises en place durant votre résidence ? Et envers quels publics ?

Il s’agissait de monter un site internet d’information alimenté par les habitants. L’idée, c’est d’avoir leur regard sur le territoire et non celui des journalistes. Pour cela, nous avons mis en place différentes interventions : atelier de reportage écrit, de diaporama sonore, etc. Nous sommes intervenus dans différents lieux : école, lycée, association de retraités, maison de l’emploi, médiathèque. Nous avons également proposé des débats sur le métier de journaliste et le sens de notre résidence.

 

Quel message souhaitez-vous faire passer sur les médias ?

Il n’y a pas vraiment de message à délivrer. Nous souhaitons apporter du savoir-faire plutôt que de la théorie. Nous mettons les personnes dans la peau d’un journaliste en leur demandant de s’interroger sur la question « comment vivre sur un/mon territoire péri-urbain ? » (transport, vie quotidienne, etc). Le but étant de faire découvrir l’envers du décor de notre métier et de savoir comment s’informer.

 

Quels sont vos impressions après ces mois de résidence ? 

Ce n’est pas tous les jours facile car cela demande beaucoup d’énergie. On a été très sollicités et il a fallu du temps pour caler notre planning d’interventions. Mais c’est une expérience très enrichissante.

 

Quelle rencontre vous a particulièrement touché ou surpris ?

J’ai travaillé sur la réalisation d’un diaporama sonore avec des enfants de dix ans et c’était très marquant. Je ne pensais pas qu’ils en seraient capables aussi jeunes alors que c’est un exercice assez complexe. A cet âge, ils ont aussi parfois des réflexions surprenantes sur l’histoire ou l’actualité. J’ai entendu des choses comme « de Gaulle c’est un boloss ! », ce qui est assez étonnant !

Pensez-vous que l’éducation aux médias est assez développée aujourd’hui ?

Je pense qu’il y a un début de quelque chose. Ça commence à s’inscrire dans les programmes scolaires depuis Charlie Hebdo. Je dirais que l’éducation aux médias existe mais que c’est encore très limité. Il faut qu’il y ait à la fois des structures (association, bibliothèques etc) mais également des journalistes disponibles. Il faudrait trouver un système pour que les journalistes puissent intervenir dans les écoles de manière plus systématique et organisée.

 

Comment allez-vous faire pour que le site perdure après la résidence ?

Nous ne savons pas encore. De février à juin, nous avons à cœur de transmettre des techniques et des savoirs faire. L’idéal serait que quelqu’un prenne la suite pour faire perdurer le site.

 

Propos recueillis par Carole Rocha

Thibault Dumas :

  • Vice-président du Club de la presse Nantes Atlantique (CPNA)
  • Co-initiateur des ateliers journalisme et slam
  • Membre du Syndicat national des journalistes (SNJ)

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