Lorsqu’ils participent à une émission de téléréalité, les candidats sont tenus à une période de confidentialité plus ou moins longue. Morgane Enselme s’est tue pendant sept ans avant de révéler les dessous de l’émission Secret Story, dont la 11ème édition vient de s’achever. Sa version de l’aventure – très à charge contre la production – vise, selon elle, à informer les potentiels candidats aux émissions de télé-réalité. Pour qu’ils agissent en toute connaissance de cause…

En 2015, les productrices Américaines Marti Noxon et Sarah Gertrude Shapiro révélaient sous la forme d’une série, intitulée Unreal, les coulisses d’une célèbre émission de rencontres « The Bachelor(ette) ». L’occasion de nous montrer à travers le personnage principal toute la manipulation et les mensonges faits aux candidats pour créer du scandale et faire de l’audience. De la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas, franchi cette année par la « Youtubeuse » Morgane Enselme. Cette ancienne candidate de Secret Story 5 (diffusée en 2011) vient de nous livrer ses secrets sur l’émission.

Pendant 7 ans, Morgane était tenue au silence sur son expérience au sein de la Maison des secrets (compte tenu des clauses de confidentialités stipulées dans son contrat). Mais une fois la période passée, c’est tout bonnement en vidéo, sur sa page Youtube, que la jeune femme aux plus de 70 000 abonnés offre un aperçu sur son expérience dans cette émission et nous dévoile, par la même occasion, les différentes facettes de ce « show ».

« Mon père s’appelle Brigitte »

C’est sous forme de questions/réponses que Morgane raconte comment, en 2011, elle s’est retrouvée à faire Secret Story 5. Pour sélectionner ses candidats, cette émission opère un « double casting ». Il y a les candidatures spontanées, « des gens qui envoient leur dossier pour participer » et la recherche dite journalistique, « des « casteurs » qui recherchent des profils intéressants en écumant les articles de presse, les réseaux sociaux, etc. » Sur l’ensemble du casting, pour l’année de sa participation, seulement 30% des candidats avaient postulés spontanément, et Morgane n’en faisait pas partie.

Contactée quatre ans plus tôt avec son père transgenre pour participer à l’émission, ils refusent tous les deux. Mais, en 2011, après une longue discussion au téléphone, ils décident de s’entretenir avec la production sans pour autant dire oui. Cependant, tout ne se passe pas comme prévu et Morgane passe le casting sans le vouloir réellement, assure-t-elle. Elle finit par être sélectionnée et refuse. Mais la production insiste. « On m’a totalement retourné le cerveau, explique-t-elle. On nous a expliqué que ce serait une occasion incroyable de faire avancer la société, de changer les mœurs, de parler du 3ème genre, de faire passer un message... »

 

« Entre ce que les gens voient et ce qu’il se passe à l’intérieur il y a un précipice. »

Ensuite, tout se fait très vite. Visite médicale où on exige aux candidats de « mentir » sur leurs antécédents. Signature de contrat en à peine cinq minutes dans une voiture pour son cas. Et les dernières 24 heures, les candidats se retrouvent chacun enfermés avec un garde du corps. Ils sont fouillés scrupuleusement, observés dans tout ce qu’ils font et suivis même aux toilettes et sous la douche. Le Jour J, déposés devant la maison, tout peut enfin commencer.

« Moi je croyais que le plus dur était passé et qu’une fois arrivé dans la maison des secrets, le jeu pourrait prendre son cours librement mais non la production change totalement de visage », dénonce Morgane. Entre manipulations, mensonges et pression constante, la vie de rêve dans cette aventure se transforme pour certains en cauchemar. Au début, on leur annonce par exemple qu’ils n’auront que 30 minutes d’eau chaude par jour, pour 18 candidats. Ils n’ont pas le droit aux jeux de société, ni aux jeux de carte. Et sont également privés de papiers et stylos.

Les candidats sont comme des animaux en cage qui peuvent exploser à tout moment. Ils sont totalement déboussolés. Ils ne savent pas quel jour on est, ni même l’heure. La lumière est la seule indication qui leur permet de savoir quand commence et se termine une journée. « Dans la maison j’ai vu des gens se taper la tête contre des murs. Dormir par terre la tête recroquevillée ou commencer à se battre […] Y’en a aussi qui font de l’anorexie ou de la boulimie. »

« Des images chocs pour faire de l’audience »

Si Morgane retient quelques points positifs, notamment le lien créé avec certains candidats - « nous étions comme une famille » -, elle dénonce la stratégie de la production à vouloir fabriquer « des images chocs pour faire de l’audience ». Les candidats fumeurs faisaient par exemple figure d’ « appâts ». Parfois, la production leur donnait droit aux cigarettes et quand il n’y avait pas assez de contenu, c’est-à-dire, de tensions au sein de la maison à filmer, elle ne se retenait pas de priver les candidats de ces denrées pour les énerver. Un cocktail parfait pour les pousser à bout…

Elle ne cache pas non plus la stratégie de l’émission à « trafiquer » les votes pour faire en sorte que les candidats les plus populaires restent dans l’aventure. Elle dévoile aussi le salaire que gagne chaque candidat (493 euros brut par semaine dans la maison) et comment la production financerait des « missions » pour faire changer le comportement des candidats et utiliser ces images à bon escient.

Nouveau départ

Une phrase résume à elle seule le témoignage de Morgane Enselme : « La télé réalité, c’est comme un iceberg avec la pointe qui dépasse et beaucoup de choses sous la surface. » Après sa première vidéo début janvier, l’ex-candidate a posté une nouvelle vidéo le 20 janvier dernier. Elle rebondit dans l’émission « Touche pas à mon poste » sur C8 animée par Cyril Hanouna dans laquellle on retrouve l’animateur Benjamin Castaldi, qui ne reconnaît ces dérives qu’à demi-mot. Mais elle explique surtout pourquoi elle a fait cette vidéo : « sensibiliser les candidats qui voudraient faire de la télé réalité plus tard. »

Aujourd’hui Morgane Enselme vient tout juste d’emménager à Los Angeles. « Je rêve d’écrire pour des séries télés ou des magazines reconnus, confie-t-elle. Et ça va me permettre de me concentrer sur ma nouvelle vie, prendre un nouveau départ et continuer ma route. » Une toute nouvelle vie, loin des caméras de télé réalité.

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