La presse quotidienne régionale souffre, comme les journaux nationaux, de la lente érosion du lectorat sur papier. Munie d’une audience fidèle et d’un ancrage territorial fort, elle met cependant tout en œuvre pour continuer d’assurer sa mission d’information de proximité.

« Adieu aux lecteurs ». Voilà comment titrait L’Echo le 6 novembre 2019 pour son dernier jour de parution avant sa liquidation judiciaire, 76 ans après sa création en Haute-Vienne. La disparition de ce journal illustre avec force la crise de la presse papier : les ventes des quotidiens régionaux et départementaux ont chuté de 4,21% en 2018 (moitié moins pour la presse nationale).

Malgré les difficultés financières, le nombre d’abonnés en baisse, les équipes plus réduites dans les rédactions, la PQR continue de faire partie intégrante de la vie des Français. « Nous disons au quotidien ce qui unit et réunit les gens » résumait Samuel Petit, rédacteur en chef du Télégramme, dans une interview accordée à France Inter.

Rappelons que la presse quotidienne régionale (PQR) est la première source d’information en France, avec près de 3 900 000 exemplaires vendus par jour. En Bretagne, 500 000 journaux sont vendus chaque jour : 250 000 Télégramme et 250 000 Ouest-France*. A titre de comparaison, les 8 titres français de la presse quotidienne nationale (Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix, L’Humanité, Les Échos, L’Opinion, Aujourd’hui en France) diffusent chaque jour 1 200 000 exemplaires.

Ses principales forces

Une des forces de la PQR est d’avoir une audience fidèle depuis des années (souvent familiale). Par exemple, le maire de Saint-Brieuc, à qui sa fonction impose une lecture quotidienne des journaux régionaux, raconte son attachement au titre Ouest France : « Je le lis à la mairie, j’ai mon père qui l’a, ma belle-mère qui l’a aussi… Je l’ai lu toute ma vie. Cela fait partie du patrimoine. »

La PQR ne fait pas seulement intervenir des journalistes mais aussi des correspondants locaux. Des personnes qui alertent sur les soubresauts de la vie locale, transmettent des informations sur la vie associative, les déplacements du maire ou du conseiller général… Samuel Petit le reconnaît : « ils remplissent des rôles majeurs, remontent vers les médias ce qui se passe de bien ».

Pour continuer à fidéliser sa clientèle et à ne pas baisser ses ventes, la PQR s’affiche comme un des leaders en termes de prix de vente de ses exemplaires papier. En effet, Ouest-France est un des quotidiens les moins chers de France : vendu 1,10 euros en 2020, il était en mars 2014 à 0,95 centimes. Pour mémoire, Le Figaro et Le Monde sont vendus 2,80 euros. Plus du double !

Innovations éditoriales

Pour affirmer son identité, la PQR n’hésite plus à faire des choix forts. Le 19 novembre dernier, par exemple, Le Télégramme a sorti une nouveauté : publier désormais deux journaux quotidiens, l’un local et l’autre général. L’objectif est de répondre au souhait des lecteurs bretons de s’informer sur l’actualité nationale et internationale qui peut avoir des retombées sur leur territoire. 

A l’occasion des élections municipales, les rédactions multiplient les innovations éditoriales. Ouest France, par exemple, a lancé une rubrique hebdomadaire d’indiscrets et de propos « off » sur la campagne électorale. Le journal propose également à ses lecteurs de déposer leurs idées sur la plateforme citoyenne Make.org. Les meilleures propositions seront soumises au vote des internautes avant d’être adressées aux candidats à la veille du premier tour.

Impliquer les lecteurs

Renforcer son lien avec les lecteurs, c’est aussi la volonté du quotidien Nice Matin. Il y a trois ans, le journal a lancé une rubrique intitulée #Solutions (capture ci-dessus) dans laquelle ses journalistes tentent d’apporter des réponses aux problématiques sociétales majeures. Les lecteurs sont invités à choisir parmi 3 thèmes le dossier qu’ils souhaitent lire. Un bon moyen de les impliquer et d’écrire sur des sujets qui les intéressent. Stratégies offensives sur les réseaux sociaux, lancement d’enquêtes au long cours (comme sur le cannabis à Nantes dans Ouest France) ou encore production de podcasts, la PQR ne manque pas d’initiatives.

Ce changement illustre un objectif bien précis : réaffirmer ses convictions pour se démarquer un peu plus dans un espace médiatique saturé. Certains y voient une réponse à la régionalisation de la télévision nationale ou aux sites d’information indépendants d’investigation locale (Médiacités à Lille, Toulouse, Lyon et Nantes, Le Poulpe en Normandie ou Marsactu à Marseille). Une chose est sûre : le lecteur n’aura qu’à y gagner !

* Dans ses 3 régions de couverture, le journal Ouest-France est diffusé à 660 000 exemplaires.

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