Près d’un quart des Français regardent avec méfiance les informations produites sur Internet, selon le dernier baromètre de la confiance dans les médias publié par le quotidien La Croix et l’institut Kantar. Pour contrer ce phénomène, les journaux misent de plus en plus sur la transparence.

La crédibilité accordée aux informations et l’indépendance des journalistes seront des enjeux forts des années à venir. Car il y a urgence selon le dernier baromètre de La Croix. L’intérêt porté à l’actualité est en effet à son niveau le plus bas depuis 1987. Seul 59% des Français déclarent suivre les nouvelles avec un grand intérêt et sur ce pourcentage seul 46% d’entre eux considèrent comme véridiques les informations présentes dans la presse écrite.

Même si cette défiance ne date pas d’hier, trois évènements marquants de l’année 2019 peuvent expliquer ce phénomène. L’étude révèle en effet que le traitement médiatique des gilets jaunes et l’incendie de Notre Dame de Paris n’a pas été appréciés des Français. Plus de la moitié d’entre eux ont ainsi trouvé que les médias en avaient trop parlé voire avaient dramatisé les événements. L’emballement médiatique autour de la prétendue arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès (suspecté du meurtre de sa famille à Nantes) a achevé de renforcer ce sentiment.

 

La transparence comme maître mot

Comment, dès lors, renouer le lien avec les lecteurs ? Par une plus grande transparence. Dans cette optique, nombre de médias proposent désormais à leurs publics de découvrir les conditions de fabrication de l’information. C’est le cas de Médiacités (magazine d’investigation en ligne) qui en avril 2019 a lancé sa rubrique « La Fabrique ». Ce nouvel espace permet aux lecteurs d’en savoir plus sur la manière dont travaillent ses journalistes d’investigation ou combien est rémunérée une enquête.

Plus récemment, c’est le quotidien régional Ouest France, qui a dévoilé les dessous de son enquête sur la drogue au travers de son podcast, intitulé Making O-F.

Certains médias nationaux s’y sont engagés de longue date. C’est le cas de l’AFP (Agence France Presse), qui lançait sa rubrique Making of dès 2012 pour permettre aux journalistes de raconter les conditions de réalisation de leurs reportages, y compris les plus difficiles ou émouvantes. De quoi rompre avec l’image du journaliste totalement « déconnecté » du terrain. Dans la même veine, le journal La Croix propose depuis peu un podcast intitulé « L’envers du récit ». Les journalistes s’y livrent sur les coulisses de leurs reportages : pourquoi ils l’ont écrit, la manière dont ces derniers l’ont vécu mais également comment l’histoire se poursuit.

Revaloriser le métier de journaliste

Outre la découverte des méthodes de travail des journalistes, cette prise de parole permet au public de comprendre les raisons qui les ont poussés à enquêter sur un sujet mais également le sens du format choisi ou de la place accordée à une information. Un moyen de répondre aux incompréhensions des lecteurs face à certains choix éditoriaux.

A l’ère de l’explosion du numérique et de la multiplication des « fake news », où n’importe qui peut poster à peu près n’importe quoi, l’objectif est de montrer que le journalisme est une profession à part entière. La production d’information nécessite de la préparation, des moyens et des règles de vérification et de suivi.

Pour aller plus loin dans cette démarche, de plus en plus de rédactions s’investissent dans l’éducation aux médias. L’idée est de former les jeunes générations à la fabrication et la lecture de l’information.

Par exemple, 200 journalistes bénévoles du quotidien Le Monde et de l’AFP viennent de s’engager au sein de l’association Entre les lignes pour animer des ateliers dans toute la France. Autant d’initiatives qui retisseront, peut-être, des liens de confiance entre les médias et le grand public.

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