
IA : quelles conséquences sur l’industrie de l’animation?
Les récentes prouesses de l’IA générative inquiètent les industries du divertissement. Au cœur des craintes, entre perte de créativité et d’emplois, le secteur de l’animation angoisse.
Depuis 2020, la technologie de l’intelligence artificielle se fait connaître du grand public. Autrefois limités aux entreprises, les systèmes autonomes se sont vite démocratisés. Selon l’IPSOS, 55% des utilisateurs de ChatGPT l’utilisent au moins une fois par mois.
L’intelligence artificielle se forge une place dans des secteurs artistiques, mais suscite de nombreuses oppositions.
Intelligence artificielle et création artistique
Pour l’IA School de Paris, la question ne se pose pas : face à la crainte que l’IA remplace les artistes, l’école répond qu’utilisée “à bon escient, elle devient source et opportunité de créativité”. L’établissement nuance toutefois qu’elle “ne possède pas la conscience d’un artiste”.

Aoki Studio, spécialiste de l’animation 3D, énumère cinquante arguments contre l’utilisation de l’IA dans ce secteur. Parmi eux, l’absence de sentiments comme moteur de création et l’effacement du parcours culturel et historique de l’artiste.
Les bouleversements structurels de l’IA
Jeffrey Katzenberg, cofondateur de DreamWorks, estime que l’IA peut réduire les coûts de 90% dans l’animation. L’école d’animation Vancouver Animation School assure que l’IA commence à “rationaliser les processus les plus chronophages […] peut désormais analyser et reproduire le style d’un artiste sur plusieurs images.” et qu’elle permet aux animateurs de “se concentrer sur le récit et le développement des personnages”.

Mais l’IA soulève aussi la menace de l’emplois. Une enquête de 2023 du cabinet CVL Economics commandée par The Animation Guild IATSE Local 839, révèle les craintes de 300 patrons du milieu. En cause : le rééquilibrage de la main d’œuvre et le remplacement de rôles existants par l’IA.
Et l’éthique, dans tout ça?
Tout comme la plupart des domaines dans lesquels elle intervient, l’intelligence artificielle soulève la question d’un usage plus ou moins éthique. Chacun peut désormais créer grâce à l’IA. Les limites de la morale s’effacent. Des utilisateurs anonymes du réseau social X se sont amusés à créer, à l’aide de l’IA, une dizaine de fausses affiches de films d’animations particulièrement crédibles représentant des drames comme la mort de George Floyd ou l’Holocaust.
Outre le contenu à caractère non-approprié, l’IA dévalorise le travail de milliers de passionnés. Des productions qualitatives, comme le studio Fortiche, derrière la série “Arcane”, ou la saga « Spider-Verse » produite par Sony, risquent d’être noyées sous l’infinité de contenus générés par l’IA. Aujourd’hui, ses compétences en animation sont loin des grands studios de ce monde. Mais l’IA apprend. Et demain, qui sait si elle ne signera pas la fin de tout une industrie créative.