
Télévision : les femmes restent cantonnées au second plan
Les femmes ont beau être presque aussi nombreuses que les hommes à l’antenne, elles sont encore massivement cantonnées à des rôles secondaires. Que ce soit en matière d’information, de sport ou encore de publicité.
« Elle a grossi depuis qu’elle est maman… De visage. On ne va peut-être plus la mettre à l’antenne. » Cette phrase, tirée d’un documentaire sur le journalisme sportif, en dit long sur la manière dont on considère encore les femmes à la télévision.
Si la parité est presque parfaite entre les hommes et les femmes, (46% de femmes en plateau) le temps de parole de ces dernières ne représente que 36% du temps de parole global. C’est ce que pointe l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), qui a notamment pour mission de favoriser la juste représentation des femmes sur les antennes et de lutter contre les stéréotypes de genre et les violences faites aux femmes.
Lors des heures de grande audience, les femmes sont moins présentes en télé mais plus à la radio. Comme s’il valait mieux les entendre que les voir. Le nombre de femmes expertes invitées sur les plateaux augmente (45%) mais leur expertise se concentre sur des thématiques qui ne représentent qu’entre 0,3 et 2% de l’ensemble des thématiques. Pour comparer, les trois thématiques principales (international, culture et loisir, société) couvrent plus de la moitié des sujets traités et sont donc en majorité confiés aux hommes.
Le microcosme du journalisme sportif
Dans l’univers du sport, les femmes sont plus souvent réduites au rôle de “potiche”. L’expérience de Marie Portolano au sein du Canal Football Club en témoigne. Dans son documentaire appelé “Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste”, l’ancienne chroniqueuse du Canal Football Club revient sur son expérience qu’elle partage avec d’autres femmes comme Estelle Denis, Amaia Cazena ou encore Nathalie Iannetta. Elles travaillent à Radio France, France Télévision, Canal + ou TF1 et toutes ont reçu des insultes ou remarques sexistes ou même été victimes d’agressions sexuelles.
Elles ont pu entendre « salope » (insulte la plus reçue par Marie Portolano que ce soit par ses collègues ou les internautes), « t’es nulle », « on a envie de te baiser », « elle est moche », ou encore « t’as vu son cul ». Être une journaliste sportive, c’est s’exposer à du rabaissement par la parole, des commentaires sur les vêtements, le maquillage et le physique, des menaces de viol, des agressions sexuelles, même en plateau, et une misogynie systémique. C’est ce qui explique les faibles pourcentages de femmes dans ces rédactions (10%). Marie Portolano le dit elle-même : « Je me suis plusieurs fois sentie humiliée, parce que je suis une femme ». Encore récemment, sur le plateau de « Quelle Epoque ! » Michel Drucker a remis en cause sa parole et celle de toutes les journalistes ayant témoigné dans son reportage. De quoi prouver sa nécessité.
J’espère avoir contribué à libérer la parole ; le combat sera gagné quand il sera devenu inutile d’en faire un film.
Marie Portolano
Désir et publicité
Dans les publicités aussi, le rôle assigné aux femmes est sans cesse relié à leur capacité à être « désirable ». L’ARCOM note qu’en 2023, les femmes sont toujours plus sexualisées et dénudées que les hommes dans la publicité. On observe un écart de 56 points pour la sexualisation, et de 25 points pour la nudité. Quand les femmes sont présentes dans les publicités, elles sont surreprésentées pour les produits de soin et d’entretien du corps. Comme si les femmes étaient destinées à prendre soin d’elles, toujours dans l’objectif d’être désirables.
Montrer toutes les femmes
Alors comment lutter contre cette misogynie rampante ? Il pourrait être intéressant pour les rédactions, journaux, programmes, studios de télévision ou de cinéma d’avoir des ambitions chiffrées. Ces ambitions pourraient toucher au nombre de femmes présentes dans la fabrique de ces médias ou dans leur communication. Elles peuvent aussi toucher aux contenus et notamment s’atteler à représenter toutes les féminités. Il serait en effet nécessaire de donner de la visibilité à toutes les femmes, peu importe leur orientation sexuelle, leur physique, leur handicap, leurs ethnicités afin de normaliser leur présence à l’écran.
Ces évolutions dans les médias doivent s’accompagner d’une prise de conscience sur la place des femmes dans la société toute entière afin de pouvoir observer de réelles avancées.