À l’heure où la tranche des 15-33 ans passe de moins en moins de temps devant la télévision et ne lit presque plus les journaux papier, Snapchat suscite l’intérêt des médias. Cette application, lancée en 2011 par des étudiants de l’université de Stanford en Californie compte aujourd’hui plus de 100 millions d’utilisateurs à travers le monde, dont 71% de moins de 25 ans. Elle est de plus en plus utilisée par les médias qui veulent cibler les plus jeunes, en quête d’informations plus légères, plus directes et moins conventionnelles.

 

Le nouvel eldorado des médias souhaitant séduire les plus jeunes s’appelle Discover. Dans cette fonctionnalité développée par Snapchat, ils sont invités à publier chaque jour des contenus éditoriaux éphémères (image fixe, texte seul, vidéo…). Jusqu’à présent, cet outil n’était pas des plus pertinents pour les utilisateurs français, les contenus publiés sur Discover étant tous réalisés en anglais. Mais depuis le mois de septembre, huit médias ont inauguré sa version française. Parmi eux : Le Monde, Paris Match, L’Equipe ou encore Melty.

 

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Ces médias ont été sélectionnés minutieusement par les équipes de Snapchat, afin d’assurer un contenu qualitatif et renforcer la crédibilité de l’application. Snapchat impose d’ailleurs un minimum de 6 personnes dans les équipes dédiées à la création de contenu. Les médias ont donc dû faire leurs preuves en proposant de nombreuses maquettes avant d’être sélectionnés.

Une audience encourageante

 Pour l’instant, avec une moyenne de 10 « snaps » par jour, les résultats d’audience de ces « happy few » sont encourageants : de 1 à 2 millions de « visiteurs » quotidiens pour Melty, et environ 500 000 pour Konbini (selon les chiffre du Figaro). Des résultats impressionnants, quand on sait que Snapchat revendique 8 millions d’utilisateurs par jour. Le Monde et L’équipe, pour qui l’application n’est à priori par l’espace d’expression le plus évident, annoncent tout de même entre 200 000 et 400 000 lecteurs par jour.

Entre 200 000 et 400 000 lecteurs par jour

 Mais tous les médias ne bénéficient pas de la plateforme Discover. Ils doivent donc composer avec un canal moins adapté à leurs contenus, la simple « story », et ne profitent pas du rayonnement que procure Discover via son accès direct. Cependant, ils bénéficient d’avantages non négligeables : la liberté dans le choix des publications, sur lesquelles Snapchat ne possède aucun regard, ainsi que l’absence de redevance due au réseau social, qui prend une commission de 50% sur les revenus générés par les médias de Discover.

 

 

Un rapport nouveau à l’information

 « Snapchat, c'est une story de trois minutes qui raconte toute une journée d’informations. Si ça ne nous plaît pas, on peut « switcher » facilement vers d’autres contenus », nous explique Mathilde L’Azou, de France Télévisions. Cette jeune journaliste a relayé le tour de France ainsi que les Jeux Olympiques de Rio à partir du compte Snapchat de France TV. Le but était de faire vivre ces événements de l’intérieur aux spectateurs, afin de montrer l’envers du décor. Pas de consignes strictes pour Mathilde L’Azou qui diffuse sur un compte classique et non sur Discover : résultats, interviews de sportifs, de présentateurs, de spectateurs…

 

 « Snapchat, c'est une story de trois minutes qui raconte toute une journée d’informations. »

 

Un contenu varié qui mise toujours sur la proximité du média avec ses spectateurs. « Je demandais aux gens ce qu’ils voulaient voir en particulier et j’adaptais mon contenu en fonction : telle compétition, tel sport, etc. Ils avaient l’impression d’être partie prenante », confie-t-elle. Snapchat s’inscrit donc naturellement dans ce nouveau processus d’accès à l’information directe et à la demande. C’est un nouvel outil, qui implique une adaptation des médias dans la manière d’informer et de communiquer. « Tout est dans le direct. On twitte, on fait des Facebook live, ou des articles de plus en plus complets dans un temps record... Snapchat s'insère dans ce nouveau processus d'information. C'est une nouvelle manière d'être au cœur de l'événement », poursuit la journaliste. 

 « Je demandais aux gens ce qu’ils voulaient voir en particulier et j’adaptais mon contenu en fonction : telle compétition, tel sport, etc. Ils avaient l’impression d’être partie prenante »

 

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Trop de divertissement ? 

Une étude récente réalisée par Business Insider a démontré que la majorité des médias privilégiait un contenu plus axé sur le divertissement que sur les actualités. On apprend alors que hormis Le Monde, pour qui la part d’actualités atteint presque les 75%, seuls Vice, Paris Match et L’équipe atteignent à peine les 50%. Cosmopolitan et Tastemade, quant à eux, ne diffusent presque que du divertissement.

 Snapchat et Discover s’adressent donc principalement aux jeunes, de manière "fun" et créative. Le contenu est naturellement plus diversifié et moins formel. Mais le risque, pour les médias, est peut-être de basculer vers un contenu trop léger et dénué d’intérêt. En effet, certains d’entre eux publient de nombreuses slides où c’est l’aspect visuel et créatif qui prend le dessus, au détriment parfois, d’informations de qualité. Bien que conçue pour laisser libre cours à son imagination, l’application doit prendre gare à ne pas devenir le théâtre d’un fourre-tout pseudo-informationnel.

 

Pour aller plus loin

• Premier bilan pour les médias français sur Snapchat Discover

• Comment Snapchat Discover réinvente l'info

• Méta-media décrypte : Snapchat

• Sur Snapchat Discover France, 2 contenus sur 3 sont du divertissement

• Les médias français débarquent sur Snapchat

 

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