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Airbags Takata : une absence fatale de communication

Au cœur du scandale des airbags Takata, ce n’est pas seulement un défaut technique qui est pointé du doigt, mais aussi une communication des constructeurs jugée gravement défaillante, avec des conséquences potentiellement mortelles. 

Prendre la route avec un airbag défectueux sans le savoir. C’est ce qui est arrivé à des milliers d’automobilistes ces dix dernières années, provoquant au moins 13 décès. L’UFC-Que Choisir a annoncé ce lundi 19 mai 2025 le dépôt de plaintes contre BMW, Mercedes, Toyota et Volkswagen, après une première action similaire en janvier visant Stellantis.

L’association de défense des consommateurs accuse ces marques de « pratiques commerciales trompeuses, tromperie aggravée et mise en danger délibérée de la vie d’autrui » en raison de leur gestion des rappels de véhicules équipés d’airbags Takata défectueux. Selon l’UFC-Que Choisir, les rappels sont « imprécis, tardifs et insuffisants.

 

Des dangers mortels

Le défaut, connu depuis 2014, réside dans un gaz contenu dans la cartouche des airbags qui, en vieillissant, notamment dans les zones humides et chaudes, risque de provoquer une explosion trop puissante et incontrôlée, projetant des pièces métalliques à haute vitesse sur les occupants du véhicules. Des centaines de milliers de voitures ont été immobilisées par de nombreux constructeurs pour remplacer ces équipements à travers le monde.

La gravité de la situation est dramatiquement illustrée par un nouveau décès enregistré fin mars en Guadeloupe, lié au déclenchement d’un airbag défectueux. Au total, selon le ministère des Transports, 29 accidents ont provoqué onze décès outre-mer et un en métropole. Au moins 13 décès, dont 12 en outre-mer, sont liés à ces produits en France.

Une communication défaillante

L’UFC-Que Choisir pointe du doigt des messages de rappels flous, voire trompeurs, qui ont eu pour conséquence de minimiser la gravité du risque encouru par les automobilistes. Selon Marie-Amandine Stévenin, présidente de l’association, des « millions d’automobilistes ont été et demeurent exposés à un risque mortel » sans que les constructeurs ne prennent l’initiative ou n’assument la responsabilité d’informer loyalement les consommateurs.

La plainte met en lumière un contraste saisissant entre les actions prises à l’étranger, notamment au Canada dès 2014 où des immobilisations systématiques des véhicules (« stop-drive ») ont été décidées, et la faiblesse des mesures mises en œuvre en France. Aucune immobilisation systématique n’avait été décidée dans l’Hexagone avant l’arrêté ministériel récent d’avril 2025. Pire encore, certains modèles de véhicules auraient été équipés d’airbags Takata jusqu’en 2020, malgré la reconnaissance du danger.

Les avocats des victimes critiquent également la désorganisation des campagnes de rappel. Me Christophe Lèguevaques, représentant des automobilistes contre Stellantis, dénonce une « calamité » et un manque d’anticipation, avec des clients recevant des lettres de « stop-drive » en mai mais ne voyant leurs airbags changés qu’en décembre, sans pouvoir utiliser leur véhicule entre-temps. Cette situation démontre une communication et une logistique de rappel manifestement insuffisantes, laissant les conducteurs dans l’incertitude et le danger.

Vers une commission d’enquête parlementaire 

Face à cette situation critique, l’UFC-Que Choisir renouvelle sa demande urgente d’une commission d’enquête parlementaire. L’objectif est d’identifier clairement les responsabilités des constructeurs et des pouvoirs publics, et de proposer des mesures correctives à long terme afin d’améliorer la sécurité et la gestion des campagnes de rappels en France. Le ministre des Transports a d’ailleurs assuré que « rien n’était exclu » en matière de « sanctions de l’État » contre les constructeurs.

Cette démarche judiciaire souligne l’importance vitale d’une communication transparente et efficace de la part des fabricants, non seulement pour le respect des consommateurs, mais surtout pour la sauvegarde des vies.

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Crédit photo : Pexels – Markus Spiske

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