Reporter et documentariste, Paul Moreira a contribué à la création d’émissions documentaires reconnues telles que 90 minutes, Lundi investigation (Canal +) ou Cash Investigation (France 2) dont il est le producteur. Très engagé dans la défense et la liberté de la presse, membre de Reporters Sans Frontières, il a notamment fondé l’agence Premières Lignes, qui produit des documentaires d’investigation et des grand-reportages. 

Paul Moreira est aussi l’auteur du livre « Informer n’est pas un délit » avec Fabrice Arfi (journaliste à Mediapart), accompagnés d’un collectif de journalistes engagés. Ces derniers y témoignent de leur expérience et des pressions économiques qui s’exercent sur eux aujourd’hui. Nous l’avons rencontré pour parler de l’avenir de la presse indépendante. Entretien.

 

La presse indépendante ne représente plus que 5% des médias français aujourd’hui. Qu’est ce qui explique un chiffre si bas ? 

 Mediapart est la preuve qu’il y a un avenir pour la presse indépendante dans le numérique. Il semble à moyen terme qu’il n’y aura plus de papier. Donc, oui, il y a un avenir à condition de justifier un acte d’achat. Il doit y avoir des partis pris forts. Un média indépendant trop tiède n’a pas d’avenir. Les gens achètent de moins en moins de journaux papier du fait d’internet. Et il faut être très incisif pour justifier l’achat. Utiliser son indépendance à bon escient. Par exemple, le Canard Enchainé se porte très bien et il est très indépendant.

 En quoi cette presse peut-elle être qualifiée d’indépendante ?

Ces journaux se démarquent par leur grande liberté par rapport aux pouvoirs économiques et politiques. Pourquoi ? Parce qu’ils dépendent davantage de leurs lecteurs que de la publicité. Pour reprendre l’exemple du Canard Enchainé, eux sont totalement indépendants puisqu’ils n’ont besoin d’aucun annonceur. C’est aussi le cas de Mediapart, en presse numérique.

 

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 Comment voyez-vous l’avenir des indépendants ? Quels peuvent être leurs modèles économiques ?

On peut espérer, comme aux USA, voir de plus en plus souvent des fondations investir dans les médias indépendants. C’est ce qui peut sauver la presse. On peut citer l’exemple d’organes collaboratifs comme l’ICIJ (déclinaison) qui a sorti les panama papers. Ou encore Public Citizen. The intercept est aussi un très bon site d’investigation américain. En l’occurence, il est financé par l’ancien patron de E-bay mais celui-ci n’intervient pas du tout dans le contenu éditorial, il les pousse même à s’engager. Bref, l’avenir n’est pas si noir. 

Propos recueillis par Marie Le Péculier

A propos de l'auteur :

Toujours partante pour un petit verre en terrasse ou une séance d’écriture, Marie est souriante et bisounours. Mais le meilleur moyen de la connaître, reste encore d’aller lire ses articles ! “Bonjour ! Et au cas où on ne se reverrait pas, une bonne soirée et une excellente nuit !.” The Truman Show.

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