On disait l’impact de la télévision traditionnelle de moins en moins fort face à l’essor du numérique et des médias sociaux. Cette campagne présidentielle a démontré tout le contraire. La politique à la télévision continue à faire de l’audience et à avoir une influence non négligeable sur l’électorat...

 

Bien avant le lancement officiel de la campagne présidentielle, M6 avait déjà réussi à rassembler 13,6% de l’audimat lors du lancement de l’émission Une Ambition Intime, déclinée sur deux soirées en octobre et novembre 2016. Les huit candidats à la fonction suprême qui ont participé à l’émission étaient invités à dévoiler leur parcours sans aborder leurs opinions politiques. L’occasion de découvrir ces personnalités sous un nouvel angle. La candidate Marine Le Pen avait notamment tiré son épingle du jeu en apparaissant bien moins rugueuse que son discours.

Dès le démarrage de la campagne, les programmes en prime time se sont enchaînés. Le 19 mars 2017, sur C8, Au Tableau ! a su séduire par son concept innovant. Questionnés sans détours par des enfants, les quatre candidats qui ont accepté de se prêter au jeu se sont montrés très ouverts à la discussion et à la pédagogie sur leur programme. Cette soirée-là, C8 a fait le tour de force de réunir 1,3 million de téléspectateurs, soit 5,4% de part d’audience : un pari osé mais réussi !

 

 

 

L’essor médiatique des petits candidats

Le lendemain, les 5 principaux candidats aux élections ont été conviés sur le plateau de TF1 pour un premier débat. De nombreuses contestations ont alors émergé. Pourquoi les 6 autres n’auraient-ils pas eux aussi la possibilité de s’exprimer ? Les élections seraient-elles orchestrées par les médias ? C’est le coup de sang poussé par le candidat Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) qui quitte en direct le plateau du journal de 20H de TF1, refusant d’être interviewé par Audrey Crespo-Mara pour mieux dénoncer un système « qui ne respecte pas la démocratie ». La chaine est tout de même parvenue à rassembler 9,8 millions de français, soit 48% de l’audience.

À croire que ces protestations ont porté leurs fruits, un mois plus tard, c’est France 2 qui organise le premier débat rassemblant les 11 candidats de cette campagne aussi riche en rebondissements qu’une série télévisée. Certains candidats semblent alors sortir du lot. Tandis que Jean-Luc Mélenchon a conforté son rôle de « lanceur de punchlines », que les internautes lui avaient attribué lors du premier débat, Philippe Poutou (Le nouveau parti anticapitaliste) n’a pas hésité à attaquer un par un les cinq principaux candidats.  

 

 

 

L’ultime débat

Trois jours plus tard, Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient qualifiés pour le second tour du 7 mai. Le mercredi précédant cet ultime scrutin a laissé place au dernier débat des élections sur le plateau de TF1, la soirée a rassemblé 15,1 millions de téléspectateurs. Face à une candidate particulièrement agressive, qui peinait à expliciter son programme, Emmanuel Macron a su convaincre par une posture rassurante et un sang-froid irréprochable. Une « supériorité » médiatique qui s’est traduite dans les urnes le dimanche suivant ! Avec le recul, la candidate du Front national a d’ailleurs reconnu avoir « raté son débat »…

 

 

Malgré la concurrence d’Internet et l’omniprésence des réseaux sociaux, les chaînes télévisées traditionnelles ont démontré qu’elles parvenaient encore à rassembler les Français autour des enjeux politiques. Le petit écran conserve ainsi un impact non négligeable sur son audience et, par ricochet, sur les électeurs. Cette période hautement politique a permis de confirmer que télévision et médias sociaux sont davantage complémentaires que concurrents : pendant que les téléspectateurs suivent leur programme favori, ils s’expriment en direct sur les médias sociaux, qui ne pourraient se suffire à eux-mêmes. Reste à savoir si l’on dressera le même constat en 2022…

A propos de l'auteur :

a écrit 2 articles sur le blog Mediafactory.

Comments

0