Jeux Vidéo

Réalité virtuelle et jeux vidéo : quels enjeux éthiques ?

La réalité virtuelle est en train de révolutionner le monde du jeu vidéo, offrant une immersion inédite qui repousse les limites du réel. Mais cette avancée soulève des questions éthiques, notamment en matière de santé et de protection des données. 

La réalité virtuelle (VR) pourrait-elle nuire à la santé des jeunes, premiers utilisateurs des jeux vidéo ? Plusieurs études montrent qu’une utilisation prolongée peut entraîner des symptômes comme la fatigue oculaire, des nausées et même une confusion entre le réel et le virtuel. Par conséquent, des chercheurs commencent à s’inquiéter des conséquences sur le développement cognitif et émotionnel des joueurs.

D’après un article du Guardian de 2024, intitulé « La VR et les jeunes : faut-il craindre une déconnexion du réel ? », des études ont montré que certains adolescents ayant passé de longues heures en VR avaient du mal à faire la différence entre leurs souvenirs réels et ceux vécus dans l’univers virtuel. Cette perte de repères pourrait favoriser l’isolement social et la dépendance aux mondes numériques, réduisant ainsi les interactions dans la vie quotidienne.

Un exemple marquant est celui du jeu VRChat, où de nombreux jeunes passent plusieurs heures par jour à interagir avec des avatars dans des environnements virtuels. Certains témoignages sur les forums spécialisés évoquent un sentiment de « réalité parallèle » plus confortable que le monde réel, ce qui peut engendrer une forme de repli sur soi et de déconnexion sociale.

Crédit photo : Sam A

Les jeux vidéo sont toujours à moitié réels.

Jesper Juul (penseur et thérapeute familial danois)

Une collecte de données abusive

Au-delà des risques pour la santé, l’un des enjeux majeurs de la VR concerne la protection des données personnelles. Les casques de réalité virtuelle enregistrent une quantité impressionnante d’informations corporelles, comme les mouvements du corps, la direction du regard et même les expressions faciales. Ces données sont souvent utilisées à des fins commerciales, sans que les utilisateurs en soient pleinement conscients.

Un article de Wired publié en 2023 révèle que des entreprises comme Meta et HTC collectent ces informations pour affiner leurs algorithmes publicitaires. Grâce à la VR, il est désormais possible d’analyser les micro-expressions et la dilatation des pupilles, ce qui permet de mieux comprendre les émotions des utilisateurs. Cela soulève des craintes concernant une possible exploitation de ces données, surtout que les réglementations ont du mal à suivre le rythme des avancées technologiques.

Par exemple, dans le casque Meta Quest Pro, des fonctionnalités de suivi oculaire et d’expressions faciales ont été intégrées pour rendre les avatars plus expressifs dans les environnements VR. Or, ces données très sensibles sont également utilisées pour proposer des contenus publicitaires ciblés, ce qui a suscité une vive controverse chez les défenseurs de la vie privée.

Quels cadres éthiques pour la VR ?

Face à ces défis, certaines régulations tentent d’encadrer la réalité virtuelle, notamment via le RGPD en Europe et les recommandations de la CNIL en France. Toutefois, ces règles restent souvent insuffisantes face aux avancées technologiques et aux stratégies des grandes entreprises.

Pour éviter les dérives, il est crucial que les acteurs du secteur adoptent des pratiques plus éthiques : transparence sur la collecte des données, mise en place de limites d’utilisation pour protéger la santé des utilisateurs, et sensibilisation aux risques de la VR. Sans cela, cette technologie, aussi fascinante soit-elle, pourrait rapidement devenir un outil de manipulation et de surveillance, au détriment des libertés individuelles.

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milliards USD en 2024 : c’est la taille du marché de la réalité virtuelle estimée (source : Mordor Intelligence

Crédit photo : Erik Mclean

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