Audiovisuel

Ce qui se joue derrière les morts suspectes au cinéma

Accidents, coïncidences ou véritables malédictions ? Les tournages de films sont souvent émaillés par des drames, qui prennent une dimension particulière dans le genre de l’horreur.

Derrière l’image spectaculaire du cinéma, l’envers du décor fait parfois moins rêver. Aux États-Unis, entre 1990 et 2014, près de 200 accidents graves et plus de 40 décès ont été recensés dans l’industrie audiovisuelle. Loin des fantasmes, ces chiffres rappellent une réalité souvent oubliée : faire un film peut être dangereux.

La plupart des accidents surviennent dans des contextes bien identifiés. Cascades mal maîtrisées, explosions, manipulation d’armes ou encore scènes impliquant des véhicules ou des hélicoptères exposent les équipes à des risques importants. Dans bien des cas, les enquêtes pointent des causes similaires : manque de supervision, procédures de sécurité insuffisantes ou pression liée aux délais et aux budgets.

Décès sur des tournages entre 1990 et 2014
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Des accidents marquants…

Plusieurs drames ont marqué les esprits. En 1993, sur le tournage de The Crow, l’acteur Brandon Lee trouve la mort lors d’une scène impliquant une arme à feu. L’arme, censée être sécurisée, contenait en réalité un fragment de projectile. Près de trente ans plus tard, en 2021, le tournage du film Rust tourne lui aussi au drame : la directrice de la photographie Halyna Hutchins est tuée lors d’une répétition, après le tir accidentel d’une arme chargée avec une munition réelle. Dans ces deux cas, les enquêtes ont mis en évidence de graves défaillances dans les protocoles de sécurité.

D’autres accidents illustrent également les risques liés à des conditions de tournage mal encadrées. En 2014, la technicienne Sarah Jones est mortellement percutée par un train lors du tournage du film Midnight Rider, réalisé sans autorisation sur une voie ferrée. En 2017, la cascadeuse Joi Harris perd la vie sur le tournage de Deadpool 2 après avoir perdu le contrôle de sa moto lors d’une scène.

Jakob Owens – Unsplash

« Il n’y a pas de place pour autre chose qu’une sécurité absolue sur un plateau », rappelle Jeff Most, producteur de The Crow, près de 30 ans après la mort de Brandon Lee.

Le cas particulier des films d’horreur

Ces drames prennent une dimension particulière lorsqu’ils concernent des films d’horreur. Certains longs-métrages, comme L’Exorciste (1973) ou Poltergeist (1982), ont contribué à populariser l’idée de “films maudits”. Incendies de décors, blessures ou décès d’acteurs dans les années suivant les tournages ont alimenté une véritable mythologie. Pourtant, dans la majorité des cas, aucun lien direct entre ces événements et le tournage lui-même n’a été établi. Il s’agit davantage de coïncidences, amplifiées par l’imaginaire collectif.

Dans le cas de L’Exorciste, plusieurs témoignages viennent ainsi illustrer la dureté des conditions de tournage. L’actrice Ellen Burstyn, qui incarne la mère dans le film, a souvent décrit une expérience particulièrement éprouvante, marquée par des incidents bien réels. Lors d’une scène devenue culte, elle est violemment projetée au sol à l’aide d’un câble. La prise est conservée dans le film, mais l’accident est réel. Elle confiera plus tard : « Je me suis blessée au dos pendant cette scène. Le cri que l’on entend n’est pas joué, c’était de la douleur réelle. »

“Une ambiance vraiment étrange”

Au-delà de cet épisode, l’actrice évoque une atmosphère lourde tout au long du tournage. Pour certaines scènes, les décors étaient refroidis à des températures très basses afin de rendre visible la respiration des acteurs, rendant les conditions particulièrement difficiles. Elle expliquera : « C’était physiquement très dur. Il y avait une tension permanente sur le plateau. »

Plusieurs incidents sont venus renforcer ce sentiment : incendie d’un décor, blessures, problèmes techniques répétés. Sans parler directement de phénomène surnaturel, elle reconnaît que leur accumulation a marqué l’équipe : « Il se passait beaucoup de choses inhabituelles… ça créait une ambiance vraiment étrange. ».

A tel point que le réalisateur William Friedkin (L’Exorciste) a fait appel à un prêtre jésuite, le père Thomas Bermingham (qui jouait d’ailleurs un rôle dans le film) pour bénir le plateau après une série d’incidents. Friedkin lui-même a raconté cette anecdote dans plusieurs interviews, notamment dans le documentaire Fear of God: 25 Years of The Exorcist (1998). 

« Nous avons été confrontés à des évènements étranges et inquiétants dès le début. » William Friedkin, à propos du tournage de L’Exorciste, cité dans Castle of Frankenstein (1974)

Florian Olivo – Unsplash

Ce que révèlent ces drames 

Ce qui fascine dans ces histoires, c’est qu’elles effacent la limite entre ce qu’on voit à l’écran et ce qui s’est réellement passé derrière. Le cinéma d’horreur joue déjà avec nos peurs les plus viscérales, pousse les corps et les nerfs à leurs limites. Quand un drame survient pour de vrai sur un plateau, il imprime quelque chose de troublant dans l’œuvre, comme si la fiction avait empiété sur le réel.

Mais au-delà du mythe, ces accidents révèlent surtout les failles d’une industrie qui, parfois, va trop loin pour obtenir « la bonne prise ». Derrière chaque image spectaculaire, il y a des techniciens, des cascadeurs, des acteurs qui ne doivent pas être sacrifiés au nom de la magie du cinéma. 

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