La prise de parole médiatique des sportives sur les menstruations permet de briser le silence et de faire évoluer les représentations. En mettant cette réalité en lumière, elle pousse même parfois les institutions sportives à s’adapter.
Saviez-vous que 75 % des athlètes féminines déclarent avoir déjà vu leurs performances affectées par leur cycle menstruel (1) ? Ce phénomène, pourtant naturel, est paradoxalement considéré comme un sujet strictement privé. Il aura fallu le courage d’une athlète lors d’une compétition mondiale pour que cette réalité s’impose enfin dans le débat public
C’est lors des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina, le 19 février 2026, que la patineuse artistique américaine Amber Glenn a brisé le silence. À l’issue de son programme libre, au micro de France Télévisions, elle a ouvertement dénoncé la difficulté de concourir en période de règles, pointant du doigt l’inadaptation de son costume, d’un blanc immaculé :
des athlètes féminines déclarent avoir déjà vu leurs performances affectées par leur cycle menstruel
La double peine : physique et psychologique
L’intervention de la patineuse met en lumière une expérience féminine commune, pourtant invisible dans les médias. Les menstruations ont un impact indéniable sur la performance. Sur le plan physique, la fatigue, les crampes et les fluctuations hormonales altèrent considérablement la récupération et la concentration.
À cela s’ajoute un poids psychologique majeur : l’anxiété menstruelle. En effet, 75 % des athlètes partagent la peur obsédante de la tâche (2). L’ampleur de ce stress pousse d’ailleurs 60 à 77 % des sportives à manipuler leur cycle pour éviter qu’il ne coïncide avec leurs compétitions (3). Or, cette pratique n’est pas sans danger, puisqu’elle peut masquer des signaux de détresse de l’organisme, comme le syndrome RED-S (Déficit Énergétique Relatif dans le Sport). Jusqu’à présent, la biologie féminine devait s’adapter au cadre sportif, dans un véritable déni du corps.
Une onde de choc médiatique et sociale
En s’exprimant publiquement, Amber Glenn a renversé cette logique et contraint la sphère médiatique à s’emparer du sujet. Le fait qu’un simple phénomène biologique devienne un vrai événement d’actualité prouve à quel point cette prise de parole était inhabituelle.
Sur Internet, le débat a fait rage. Si certains internautes ont tenté de minimiser le problème, estimant qu’il n’avait pas sa place dans l’arène sportive, une vague massive de soutien a déferlé sur les réseaux sociaux. Surtout, le courage de l’Américaine a libéré la parole d’autres sportives. La biathlète italienne Dorothea Wierer a ainsi emboîté le pas lors de ces mêmes Jeux, évoquant elle aussi l’impact de son cycle sur sa course au journal italien La Gazzetta dello Sport.
« Malheureusement, pour nous les femmes, c’est comme ça une fois par mois ; il faut faire avec. Mais je sais que j’irai mieux dans les prochains jours. J’espère que ce sera positif pour les prochaines courses. »
– Dorothea Wierer –
Des revendications qui portent leurs fruits
Briser un tabou suffit-il à changer les règles du jeu ? L’histoire nous prouve que les évolutions naissent rarement du silence. Les revendications publiques mènent souvent à des ajustements concrets. Le XV de rugby féminin irlandais a abandonné son traditionnel short blanc pour une couleur plus foncée afin de soulager l’anxiété des joueuses. Le très strict tournoi de Wimbledon a assoupli son règlement concernant l’obligation de porter des sous-vêtements blancs. Dernier exemple : la Fédération française de gymnastique autorise désormais le port du short en compétition.
Si les normes sportives mettent du temps à évoluer, elles commencent souvent par une parole rendue publique. En osant parler de ses règles devant le monde entier, Amber Glenn a non seulement fait progresser la reconnaissance de la biologie féminine, mais elle a aussi rappelé que pour changer les règles, il faut parfois sortir du silence.
- Bruinvels et al., Front. Physiol., 2022
- CAN Fund #150Women Survey, Knix, 2022
- Bezuglov et al., MDPI Life, 2021
N’hésitez pas à partager si vous avez aimé cet article

