La série Sex Education ose la pédagogie

La série Sex Education ose la pédagogie

Au-delà des ingrédients classiques d’une série pour ados, elle se place sur le créneau délaissé de l’éducation à la vie sentimentale et sexuelle des jeunes. Indispensable.

Après le succès de la saison 2 visionnée plus de 40 millions de fois, le troisième opus de Sex Education, retardé à cause du Covid, était impatiemment attendu par les fans. Si Netflix ne communique que rarement les chiffres de visionnage de ses productions, on peut supposer qu’ils ont été bons puisqu’une semaine seulement après sa mise en ligne, une saison 4 était déjà annoncée.

Et pour cause, ce teen show réunit les ingrédients classiques du succès d’une série pour ados. Sex Education met en scène le quotidien de lycéen.ne.s et leurs tracas plus ou moins graves au sujet de leurs relations sentimentales, qu’elles soient amoureuses, amicales ou familiales. Le tout dans une esthétique pop colorée aux accents grunge des années 1990. Autre temps, autre espace, elle offre une bulle coupée du monde, un cocon rassurant dans lequel évoluent des personnages beaux, drôles et décomplexés aux profils divers.

Le ton humoristique et les couleurs bariolées forment un tout léger et rafraîchissant, savamment mis au service de sujets cruciaux. Et c’est là tout son intérêt.

Dimension pédagogique

L’une des figures principales de l’intrigue, Jean Milburn (mère d’Otis) est une thérapeute sexologue, ce qui permet naturellement d’aborder bon nombre de questions relatives à l’éducation sentimentale et sexuelle des adolescent.e.s, et pourquoi pas, des adultes. Quête identitaire, orientation sexuelle, consentement, règles et sororité… autant de thèmes longtemps restés tabous, abordés sous l’angle de la bienveillance et du dialogue. Il était temps.

Le florilège de premières fois donné à voir au cours des épisodes prend la forme d’un récit d’apprentissage, d’une plongée initiatique et pédagogique. A un âge où tout est intense, effrayant et exaltant à la fois, Sex Education vient palier la désastreuse absence d’informations des établissements scolaires et de beaucoup de familles.

Manque de complexité…

Malgré l’engouement dont elle fait l’objet, la série connaît quelques détracteurs, qui pointent notamment son côté prescriptif, moralisateur et manichéen avec une vision simpliste du bien et du mal.

Adam, pétrit de masculinité toxique, est violent et malheureux. Otis au contraire, apparaît comme la figure du gentil (presque) irréprochable, empathique et à l’écoute des autres, sachant comme par magie réagir de la manière la plus appropriée à chaque situation qui, en réalité, plongerait tout adolescent.e dans un malaise profond.

Les protagonistes, qui manquent de complexité, se définissent principalement par leur vie sexuelle et n’ont pas une personnalité suffisamment développée.

En outre, l’impossibilité de situer clairement l’intrigue dans l’espace et le temps nourrit une impression de déconnexion totale de l’environnement réel dans lequel nous évoluons. Sans contexte historique, politique ou économique, les épisodes se déroulent en vase clos, se suffisent à eux-mêmes, et évacuent tout ce qui n’est pas absolument essentiel à l’illustration du mot d’ordre de la série : le safe sex. En résulte pour certain.e.s la sensation de se trouver face à une niaise utopie.

…Absolument nécessaire

Nuance et subtilité ne sont pas les caractéristiques principales de la série, certes. Mais c’est loin d’être une omission. Rappelons que le producteur et diffuseur de Sex Education n’est autre que le mastodonte Netflix, et si la série se positionne ainsi, c’est bien pour une raison : elle vise un audimat précis aux attentes spécifiques, les adolescent.e.s.

Dans un contexte où les discriminations, le harcèlement, les agressions sexistes et sexuelles, les viols et les féminicides sont encore malheureusement bien trop répandus, sensibiliser les adultes de demain à ces enjeux de société majeurs est plus que nécessaire. Alors s’il est possible, même avec des gros sabots, d’inculquer aux plus jeunes les bases des relations saines, allons-y gayment.

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