
Perrier en crise : quand Nestlé Waters perd le contrôle
Autrefois symbole d’élégance, Perrier est aujourd’hui accablée par une série de crises. Face à ces dérives, les mouvements de dénonciation s’intensifient, portés par des associations et des lanceurs d’alerte. Une chute vertigineuse pour la marque.
On l’appelait autrefois le « champagne des eaux de table ». Aujourd’hui, ce sont des germes et bactéries détectées dans l’usine Perrier de Vergèze (Gard), qui remettent en cause cette appellation. Présente depuis l’automne 2023, la crise à laquelle Perrier est confronté s’est intensifiée en 2025 lorsque le groupe est accusé d’utiliser des traitements non autorisés (filtres à charbon, UV, microfiltrations) pour purifier ses eaux dites « minérales ».
Le rapport de l’ARS Occitanie, révélé en août 2025, est sans équivoque. Les autorités sanitaires y suggèrent l’arrêt de la production d’eau minérale sur le site de Vergèze. Après la suspension d’un forage en avril 2025, la découverte de bactéries d’origine fécale, jugées « inacceptables pour une eau minérale naturelle » par l’ARS, a forcé Nestlé à détruire des milliers de bouteilles, susceptibles de provoquer des gastro-entérites ou des infections graves. En huit mois, ce sont 27 épisodes de non-conformités liés à des écarts bactériologiques qui ont été signalés.
D’après l’enquête de Public Sénat, Nestlé Waters aurait fait modifier un rapport de l’ARS dans le but de camoufler la présence de bactéries dans ses eaux. Mais le groupe ne s’est pas seulement contenté de tricher. Il aurait aussi fait pression sur le gouvernement dans le but affiché de modifier les règlementations en sa faveur. Désormais au cœur de la polémique, l’Etat est accusé d’avoir dissimulé, sous la pression, la contamination des eaux pour protéger le groupe.
Crédit photo : Jason Jarrach
ONG et médias à l’affut
Les ONG et associations ont joué un rôle crucial dans la mise en lumière des pratiques de Nestlé Waters. Parmi les plus importantes, on retrouve UFC-Que Choisir ainsi que Foodwatch. La première a saisi la justice dans l’objectif de demander le rappel et le retrait provisoire des bouteilles Perrier concernées par le scandale. La seconde a porté plainte contre Nestlé et Nestlé Waters, ce qui a entraîné l’ouverture d’une information judiciaire en février 2025. Participation active aux enquêtes et procédures judiciaires, organisation d’actions de rappel des bouteilles Perrier contaminées, soutien aux victimes et consommateurs… autant d’actions qui ont permis de faire avancer la procédures contre le groupe.
Mais ce ne sont pas les seuls à s’indigner ! Différents médias ont relayé leur actions dans le but de leurs donner plus de voix. Parmi eux figurent Le Monde, Radio France ou encore Mediapart, qui ont participé à la révélation et la documentation des pratiques trompeuses de Nestlé. Entre autres, figurent la contamination des sources et l’utilisation de filtres pourtant proscrits (vérifie si un média à la source). Ces contributions majeures ont permis de mettre en lumière les pratiques frauduleuses du groupe tout en agissant pour la protection de la santé publique et de l’environnement.
Une communication de crise désastreuse
Comme l’ont fait remarquer de nombreux médias, la communication de crise de Perrier a été défaillante. Et les problèmes qui l’expliquent sont multiples : une réponse aux accusations des ONG et des médias jugée trop tardive et peu transparente, une absence de données accessibles pour rassurer le public et une communication floue. Pour Nestlé Waters, les conséquences sont terribles : les ventes sont en baisse de 14% depuis le début de l’année 2025 et en chute de 23% en avril.
Et cela ne s’arrête pas là. Cette révélation médiatique a causé une crise économique ainsi qu’une perte de confiance généralisée envers une marque pourtant emblématique. Pire, le scandale a ébranlé la confiance dans l’appellation « eau minérale naturelle », présente sur chacune des bouteilles du groupe. Fait étonnant mais notable : malgré ces accusations, le groupe suisse maintient que « toutes les eaux commercialisées par Nestlé Waters, y compris sous la marque Perrier, peuvent être bues en toute sécurité ».
Pour contourner les interdictions, le groupe Nestlé a d’ailleurs lancé en juillet 2024 la gamme « Maison Perrier ». Semblable visuellement à Perrier, elle est cependant « une boisson pétillante aromatisée » (pêche-cerise, menthe, citron, orange…), et non une « eau minérale naturelle ». De fait, les réglementations sont moins strictes puisqu’elles confèrent au groupe le droit de traiter ses eaux comme le serait l’eau du robinet. Cette stratégie suffira-t-elle à faire oublier les pratiques dangereuses de Perrier ?
Alors que Perrier fait de nouveau face à une crise majeure, on ne peut ignorer que la marque a déjà été condamnée par la Cour d’appel de Paris par le passé. En janvier 1990, la détection de traces de benzène dans les bouteilles de Perrier par des laboratoires américains avait fait scandale. Conséquence pour la marque : le retrait de 280 millions d’unités à travers le monde, une perte estimée à un milliard de francs.*
* soit plus de 270 millions d’euros
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