
Télévision jeunesse : vers une infantilisation des dessins animés ?
Depuis l’essor des réseaux, les dessins animés produits pour la télévision française sont vivement critiqués. Jugés trop enfantins et destinés exclusivement aux très jeunes, ils obéissent à un système économique et culturel marqué par la rentabilité.
Plus que de simples produits de divertissement, les dessins animés définissent une partie de la pop-culture et de son patrimoine. Néanmoins, au fil de l’évolution de la société, les dessins-animés se transforment pour correspondre à leur public principal, quitte à perdre en intérêt.
Une consommation en baisse ?
En 2024, les dessins animés représentent 20,6% de la consommation audiovisuelle des enfants de 4-14 ans, selon le CNC. Au programme de diffusion, des productions contemporaines, comme « Blaze et les Monstres Machines » ou « Grizzly et les Lemmings », côtoient des classiques, tels que « Les Totally Spies! » ou « Les Barbapapa ».
Pourtant, la consommation télévisuelle baisse particulièrement chez ces mêmes 4-14 ans : leur durée individuelle d’écoute a chuté de plus de 60 minutes en huit ans, pour passer de 1 heure 58 minutes en 2014 à 1 heure 01 minutes en 2022, selon le Ministère de la Culture. En cause, l’avènement des réseaux sociaux, qui vampirisent le temps et la concentration des plus jeunes, selon une étude menée par Microsoft en 2013.
Une cible de plus en plus jeune

De nouveaux objectifs apparaissent nettement derrière cette infantilisation. Des œuvres comme « Winx Club », paru en 2004 et ayant obtenu sa huitième saison en 2019, ont déçu les fans : la différenciation marquée des six fées du groupe, de leurs inspirations ethniques à leurs traits de caractères, en passant par leur styles vestimentaires, a disparu derrière un vernis d’uniformisation fade et creuse, doublé d’un rajeunissement physique drastique des personnages, pourtant âgés de 24 ans. « Foot2Rue », diffusé pour la première fois en 2005, a aussi eu droit à son « remake », critiquée pour sa perte de réalisme et de profondeur de personnages : le spectaculaire et l’irréalisme ont pris la place des récits authentiques d’adolescents de banlieues.
Le rôle des plateformes de streaming, qui proposent des dessins animés pour tous les types de public, sans contraintes horaires, en est en partie responsable. Selon l’école RMCAD, des services comme Netflix ou Hulu influencent les tendances de production, pour un dessin animé toujours plus vif, rapide et dépourvu de réels enjeux. Une stratégie qui découle d’une volonté d’atteindre une cible beaucoup plus jeune, dont l’attention est plus facilement captée par des œuvres dynamiques, sans interruption et ne nécessitant que peu de réflexion, comme l’explique dans son livre le chercheur Shalom M.Fisch. Ce qui peut expliquer que plus de 50% des plus de 18 ans consomment au moins 1 heure d’animation japonaise par jour, plus mature et proche de leurs attentes.
