Français et médias, pourquoi ce désamour ?

Français et médias, pourquoi ce désamour ?

Selon une étude de l’IFOP de 2021, 55% des Français ressentent de la méfiance vis-à-vis des médias. Un manque de confiance qui s’enracine dans l’histoire de l’information. 

 

Les Français sont parmi les plus méfiants dans le monde vis-à-vis des médias. Même si l’indice de confiance a augmenté de 7% entre 2020 et 2021, il s’établit à seulement 30 %, selon une étude de l’IFOP. Dans d’autres pays comme la Finlande ou le Portugal, il atteint plus de 60 %.

Cette particularité vient de loin. Déjà au 18e siècle, beaucoup critiquent la presse écrite : elle serait superficielle selon Jean-Jacques Rousseau et trop ancrée dans le capitalisme selon d’autres. On va notamment retrouver cette critique en 1844, sous la plume du socialiste Louis Blanc qui prévient que le financement massif des journaux par la publicité va faire du journalisme “le porte-voix de la spéculation”.

L’emprise de l’État

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est la mainmise de l’État et des pouvoirs politiques sur les médias qui inquiète davantage que le pouvoir de l’argent : l’ORTF, créée en 1964, incarne ce monopole du pouvoir sur la radio et la télévision, et ce jusqu’à sa suppression en 1981 après l’élection de François Mitterrand.

Même si les médias ne sont plus sous l’emprise immédiate de l’État, ils sont très vite pris dans les filets des hommes d’affaires qui s’imposent dans le secteur de l’information : le règne de Vincent Bolloré sur les médias, par exemple, ne fait que suivre la lignée de la presse marchande du 20e siècle.

Manque d’indépendance

Aujourd’hui encore, les Français adressent deux critiques majeures au système médiatique : le manque d’indépendance des journalistes et la concentration excessive des médias. Selon l’enquête de l’Institut Kantar, 63% des Français pensent que les journalistes ne résistent pas aux pressions politiques, et 59% aux pressions de l’argent. Cette perception est fortement liée à la question de la possession des médias et de leur financement. 

 

En effet, le paysage médiatique est marqué par une concentration des médias aux mains d’une minorité. Ce sont notamment les grandes fortunes françaises ou étrangères qui possèdent un nombre important de médias, dont la proximité avec la sphère politique inquiète. Le bras de fer entre la rédaction de Science & Vie et son nouveau propriétaire Reworld Media illustre par exemple la menace des grands groupes sur l’indépendance des rédactions.

L’impact des “fake news”

L’augmentation des fake news a largement contribué à décrédibiliser les médias traditionnels, même s’ils n’en sont pas les auteurs. Selon l’étude de l’institut Kantar, 63% des Français sont confrontés au moins une fois par mois à une fake news, notamment sur les réseaux sociaux.

L’instantanéité de diffusion de l’information a fait d’eux des supports incontournables, ce qui constitue le cœur du problème. En privilégiant la rapidité, on prend le risque de la “course au scoop” et de ses déboires. Cette pression a pu entraîner des erreurs conséquentes, comme lorsque les médias français ont annoncé par erreur en octobre 2019 l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès. 

 

Ces erreurs ont un impact non négligeable sur l’opinion. Ainsi, selon l’enquête de l’IFOP, 67% des Français doutent désormais de la véracité des infos qu’ils reçoivent, même lorsqu’elles proviennent de “médias reconnus”.

Un manque de proximité 

Un autre reproche fait aux médias est leur manque de représentativité : une partie de la population ne se sent pas correctement écoutée. La crédibilité des médias est donc affectée, puisqu’ils paraissent trop éloignés de leur public. C’est surtout depuis le mouvement des gilets jaunes que cette critique prend de l’importance : pour ce public, les journalistes sont déconnectés de la réalité, ne comprennent pas leur vie et les problèmes qu’ils rencontrent.

De fait, pour que les Français aient confiance dans les médias, il faut qu’ils y trouvent une certaine familiarité : ils ont besoin de se reconnaître dans les médias qu’ils consomment. Selon les enquêtes, la catégorie la plus sceptique vis-à-vis des médias pense justement que les informations ne lui sont tout simplement pas destinées.

Conscients de ce désamour, les médias multiplient les initiatives pour améliorer leur image : présentation des coulisses de l’information, appel à la participation des lecteurs, lutte contre les fake news, nouveaux formats… De nombreux médias indépendants ont également fait leur apparition en misant sur leur proximité avec les lecteurs et leurs aspirations. L’éducation aux médias, dès le plus jeune âge, peut aussi favoriser un regain de confiance dans les années à venir.

                                                                                                                        

                                                                  

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