La photographie participative pour sortir des clichés sur la précarité

La photographie participative pour sortir des clichés sur la précarité

Trois associations ont confié des appareils photo à quatre femmes en grande précarité, épaulées par deux professionnelles de l’image. Une exposition photo met en avant leur travail et leur sensibilité.

Angoissée, Ayda agrippe le bras de celle qui l’a accompagnée durant toute l’aventure, Armandine Penna, tutrice dans le projet mais également journaliste et photographe pour La Croix. Ce soir, elles se rendent dans les studios de Télénantes pour un entretien en direct. « C’est une première pour moi ! » s’écrit celle qui, accrochée à son mentor, a appris seulement en novembre dernier les bases de la photographie.


Retour en arrière : Stereolux a lancé six mois auparavant l’initiative d’une exposition photo, « Exi(s)t(e) » avec l’aide de deux associations : La Cloche qui lutte pour l’inclusion, et l’Œil Parlant qui œuvre à des transformations sociales positives par la photographie participative. La Cloche a fait appel à son réseau de “clochettes” afin d’entrer en contact avec des personnes en situation de précarité ou d’isolement.

La photo, un langage universel

Finalement, quatre femmes ont répondu à cet appel : Anna, Ayda, Jacqueline, et Sabine. Endossant le rôle de « facilitatrice », Armandine Penna a suivi et guidé ces femmes avec l’aide de Séverine Sajous, elle aussi photographe. Au début des ateliers, elle a proposé des cadres créatifs précis à ses élèves d’un jour et leur a lancé des défis. Mais elles se sont très vite approprié l’art de la caméra.


« On n’arrivait plus à les arrêter » ajoute-t-elle en riant. Elles se sont très vite familiarisées à cette pratique, plus adaptée aux publics fragiles. « Le langage de l’image est universel » poursuit-elle, “il n’y a pas de faute d’orthographe en photo”. Les images sont toutefois accompagnées de textes manuscrits, donnant une dimension intime à l’exposition.

Changer de regard sur l’exclusion

Sur les murs de Stereolux, chacune livre son histoire, dévoilant des fragments du carnet intime qu’elles ont construit tout au long du projet. « Chacune a son regard », souligne Armandine Penna. Pour elles, ces prises de vue sont l’occasion de raconter leur quotidien avec une touche de poésie. Un café au coin de la rue, la tente de Sabine au pied du Château des Ducs de Bretagne, une ombre projetée dans l’herbe…. Ces photos changent notre impression sur la ville, mais également sur l’exclusion.


L’exposition a été bien accueillie par le public : les productions sont qualitatives, et le guide à emporter chez soi, édité pour l’occasion, est pratique. « Elle plaît et résonne dans les associations, d’autres ont prévu des sorties pour aller voir le travail réalisé” souligne Caroline Gautreau, coordinatrice terrain de l’association La Cloche. Du côté des participantes, le projet a été source de fierté. “C’est une belle réalisation en tant qu’expo, mais aussi sur le plan personnel” poursuit Caroline.


L’exposition est à retrouver au Stereolux jusqu’au 15 avril.

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